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A mes 25% et plus

Il faudrait ajouter aux béatitudes de Matthieu 5 : Heureux vous tous qui ne me dîtes pas que c’est la troisième fois que je raconte la même histoire et qui patiemment m’écoutez les yeux brillants, vous êtes de dignes représentants du Royaume de Dieu sur terre.

Ceci pour dire que je vous ai peut-être déjà raconté ce beau compliment qu’une paroissienne m’a fait, il y a quelques années de cela : «Monsieur le pasteur, je viens chez vous parce que j’y trouve : nourriture spirituelle, stimulation intellectuelle et espace de liberté». Je ne dis pas cela pour flatter mon ego, bien que…mais pour introduire une série de prédications que je prépare actuellement.

La première serait : A mes 25% de paroissiens qui viennent d’une longue tradition réformée. L’un d’entre vous m’a mentionné qu’il ne retrouve plus l’Eglise de sa jeunesse. Nostalgie ou soulagement, je ne sais. L’église réformée a la réputation d’être un peu intello et d’être à l’avant-garde d’une certaine liberté, mais croyez vous que certains ont besoin de réapprendre à manger spirituellement ?

La seconde : A mes 25% de paroissiens qui viennent d’églises dîtes évangéliques (baptistes ou pentecôtistes). L’un d’entre vous m’a mentionné qu’il ne pensait pas que l’on pouvait chanter, accompagné à l’orgue. Si dans vos églises d’origine la nourriture spirituelle était abondante, pensez-vous qu’il y avait un courant anti-intellectuel et peut-être, un manque de liberté, malgré une certaine exubérance ?

La troisième : A mes 25% de paroissiens qui viennent d’églises réformées outre-mer. L’un d’entre vous m’a mentionné qu’il aimerait que l’on réintroduise le recueil de chants Sur les ailes de la foi dans la paroisse. Je rappelle, ce que je dis souvent : nous chantons des chants anciens pour savoir d’où nous venons et nous chantons des chants modernes, pour savoir où nous voulons aller. Mais il est vrai que ce que nous avons vécu dans notre enfance façonne notre présent. A votre avis, entre la nourriture spirituelle, la stimulation intellectuelle et l’espace de liberté, quel est le domaine qu’il faudrait, dans votre expérience, accentuer ?

La quatrième : A mes 25% de paroissiens qui viennent de nulle part. L’un d’entre vous a mentionné: J’ai enfin trouvé l’église idéale ! Aïe, aïe, aïe…L’église idéale n’existe pas. Du moins, elle n’est pas faite d’humains ! Vous avez tout à apprendre, des autres, de moi, de la Bible, de Dieu, du Christ. Vous avez tout à découvrir, du christianisme, du protestantisme, de l’Eglise protestante unie de France. Vous avez partout de bons exemples et de moins bons. L’espace de liberté : c’est la responsabilisation, la stimulation intellectuelle : la nécessaire réflexion et la nourriture spirituelle : le regard fixé sur Jésus-Christ.

Pasteur Marc-Henri Vidal

Ci-dessus les photos de la conférence du 28 septembre 2019 à l’auditorium du lac

 

CONFERENCE SAMEDI 28 SEPTEMBRE 2019 A ENGHIEN-LES-BAINS (AUDITORIUM DU LAC)

 

Organisée par l’Association cultuelle de l’Eglise protestante d’Enghien et Jeunesse et Amitiés Protestantes

 

EDUCATION, LAÏCITE ET FAIT RELIGIEUX

 

Accueil : Samuel Elong, président de Jeunesse et Amitiés Protestantes  

 

Exposé introductif : La laïcité aujourd’hui – Valentine Zuber, historienne, directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes 

 

Première partie : L’évolution actuelle du  fait religieux, facteur de crispation des tensions dans les sociétés laïques d’aujourd’hui ?

 

1/Liberté et fait religieux par Soraya Amrani : vice-présidente du Conseil National des Droits de l’Homme, membre du Conseil Supérieur de la Magistrature, professeure  à l’Université Paris X-Nanterre

 PAUSE

2/ Le fait religieux dans l’enseignement : deux regards

 Daniel Faivre : historien, enseignant-chercheur à l’Université catholique de Bourgogne.  « Enseigner l’histoire biblique dans l’école de la République ».

 Isabelle Saint Martin, directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, spécialiste d’Histoire de l’Art

 3/ Table ronde avec les interventions de Paul Aïs – Juge assesseur au tribunal pour enfants de Pontoise, Véronique Férien –  professeur au lycès Notre Dame d’Enghien et Godefroy Tchoubou, professeur au collège André Malraux de Louvres.

Animée par : Valérie Thorin, Journaliste

 Clôture de la matinée par Mgr.Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise 

 

Deuxième partie : L’enseignement du fait religieux, facteur de réduction des tensions au sein des sociétés laïques de demain 

 Avant-propos : Marc Henri Vidal, pasteur EPUdF, ancien membre du Comité des Affaires religieuses du Ministère de l’Education du Québec : « Une expérience internationale, du Québec au Val d’Oise».

 Comment avancer en France : François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France

  Trois regards sur l’apaisement des tensions issues de  l’expression religieuse :

  * l’entreprise : Eric Boismartel, directeur du groupe LVMH, vice-président du Mouvement des dirigeants chrétiens

 * la défense : Etienne Waechter Aumônier en chef des Armées

 *la Loi, facteur d’apaisement des tensions sociales : Mustapha Mekki, juriste, professeur à l’Université Paris XIII 

  Débat avec la salle et les intervenants 

  Propos final : M.Jean-Louis Bianco, ancien ministre, Président de l’Observatoire de la laïcité

 

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Le pasteur Marc-Henri Vidal s’est rendu au Togo du 26 février au 14 mars 2019, pendant presque trois semaines, dans le cadre d’un déplacement organisé par l’EPUDF. Il avait cinq missions à remplir dans ce pays bien connu de la paroisse, où nous avons conclu un partenariat depuis plusieurs années.
Sitsofé Baku l’a notamment accueilli pendant son déplacement.

Voici l’article du compte rendu de ce voyage :

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L’avion se pose sur la piste à Lomé, au Togo. Plus de 35° au thermomètre. Chaud, humide, lourd. Ce sont mes premiers pas en terre d’Afrique Noire. Du tarmac au parking en passant par la douane, rien de particulier. C’est en route vers la capitale que le paysage urbain change. Des vendeurs ambulants qui se précipitent vers la voiture à chaque arrêt, transportant sur la tête une foule de produits. Une multitude de petites échoppes dressées le long des rues, faites de bric et de broc et vendant toutes sortes de bric-à-brac. Des odeurs de feux de charbon de bois et de brochettes grillées flottent dans l’air et le bruit incessant des klaxons de voitures et des innombrables motos chinoises nous accompagnent.

Les voies principales sont asphaltées ou pavées. On y trouve une ménagerie qui met à rude épreuves les amortisseurs : nids de poules, ventres de boeufs, dos d’ânes, bosses de chameaux, sans compter les vraies poules et les petites chèvres. Les rues secondaires, même dans la grande ville, sont en terre. Une terre rougeâtre, sablonneuse, argileuse, poussiéreuse.

Une multitude d’églises ponctue le paysage. De toutes traditions, de toutes grandeurs, de tous matériaux. Le premier dimanche, j’ai prêché à Agoue, un quartier de Lomé, à l’Eglise évangélique presbytérienne du Togo (la plus importante des traditions protestantes du pays). Deux cultes. Levé à 4h30, départ à 5h30, rendez-vous avec le pasteur à 6h et célébration en français, d’un peu plus de 2 heures, à 6h30. (Il faut dire, qu’hiver comme été, le soleil se lève et se couche à 6h, à 15 minutes près. Cela rythme la vie des gens qui sont debout tôt et se couchent tôt). 350 personnes qui se pressent, chantent, louent le Seigneur, dimanche après dimanche à l’aurore. Une, deux, trois chorales. Entrées en procession. Le deuxième culte en ewe, une importante langue locale, à 9h, 800 personnes. Quatre, cinq, six chorales. Sortie en procession, 2 heures de plus. Une foi vivante dans une liturgie traditionnelle, qui lance un défi à notre propre foi.

En voyant ce débordement de spiritualité dans un pays à la situation économique relativement précaire, un étranger, ignorant du fait religieux, pourrait avoir à l’esprit ce dicton marxiste que la religion est l’opium du peuple. Ayant vécu en Amérique, je dois souligner qu’il y a un autre pays où il y a autant d’églises, de ferveur, de chorales, dans une économie pourtant aisée…Les Etats-Unis. La climatisation en supplément.

J’avais cinq missions à accomplir en allant en Afrique. La première consistait à rencontrer les enfants d’Agou Kebo Dzigbé et à remettre à l’école, la seule du village, près de 80 kilos de matériel scolaire, plus quelques livres et dictionnaires. Cette école a été construite sur une période de cinq ans, inaugurée en 2015 par entre autres, les groupes de jeunes protestants d’Enghien et d’Ermont.

A notre descente de 4X4, une centaine d’enfants, en uniforme scolaire beige, se mettent à chanter très fort : Nous vous souhaitons la bienvenue. Ils s’agglutinent autour de nous, nous touchent, nous palpent, nous sentent, ils n’ont pas souvent l’occasion de voir des « blancs » dans ce village de montagne. Les cheveux de ma femme et les poils de mes bras les intriguent. Ils caressent, tirent, jouent avec, un petit bonhomme de 7 ou 8 ans me propose de me les enlever ! Deux fillettes du jardin d’enfants, dans leur robe à carreaux rouge et blanc, pleurent. On leur fait un peu peur avec notre pâleur. Mais la plupart des enfants sont très entreprenants.

On avait également apporté des « douceurs » à distribuer. C’est la cohue. Les mains se lèvent, les bras se tendent, on pousse à droite, à gauche. Un enfant avale le contenu de son sachet en une fraction de seconde, un autre le met précieusement dans sa poche, une grande soeur suggère à son petit frère de grignoter un tout petit bout à la fois, pour faire durer le plaisir. Il y en a eu pour tout le monde, de justesse.

Et ils se mettent à chanter, principalement en français, tout le folklore local qu’ils connaissent. Ils veulent nous faire plaisir et se font plaisir en même temps. C’est comme un jour de fête. Quelques gamins battant la mesure en « tapotant » sur divers contenants en plastique. Et nous, boule au ventre, larmes aux yeux, frissons sur la peau, nous les écoutons religieusement. Pilons pam pam, pilons pam pam…

Il est vrai qu’il semble plus pratique et utile d’apporter de l’argent et d’acheter sur place du matériel similaire à celui que nous avions transporté. Cela fait tourner l’économie locale. Toutefois, certains items sont plus difficiles à trouver, je pense aux livres tels des romans de jeunesse, non pas des livres de classe car ils ont leurs programmes scolaires qui diffèrent des nôtres (évitons : nos ancêtres les Gaulois) et des dictionnaires, que l’on peut trouver ici, usagés, à des prix dérisoires. Et pour les paroissiens d’Enghien, c’était une façon très concrète de faire preuve de solidarité, de mettre en pratique la deuxième partie du Grand Commandement: Tu aimerais ton prochain comme toi-même, d’être une extension du bras horizontal de la croix tendu vers l’autre.

A la prochaine pour les autres missions !

Pasteur Marc-Henri Vidal

 

Conférence sur Karl Barth et la prédestination

par Thomas Buffet

Vendredi 29 mars 2019

Le théologien réformé Karl Barth est décédé il y a cinquante ans. C’était l’occasion pour notre Eglise de revenir sur les thèses de ce pasteur suisse allemand, qui a marqué la pensée de nos Eglises, pour en préciser l’actualité.

La brillante conférence de vendredi 29 mars a rempli cet objectif grâce aux qualités de pédagogie et d’analyse de Thomas Buffet, et à la discussion animée qui a suivi son exposé, sous la conduite du Pasteur Marc-Henri Vidal.

Après avoir évoqué le positionnement politique de Karl Barth qui lutta fermement contre le nazisme pour un socialisme démocratique et son approche théologique fondée sur la soumission à la parole de Dieu qu’il faut recevoir comme une donnée objective, Thomas Buffet insista sur l’analyse de Barth concernant la prédestination. Il s’agit de l’une des doctrines de la théologie chrétienne les plus complexes à comprendre, encore plus à admettre, à tel point qu’aujourd’hui il est régulièrement passé sous silence.

Pourtant, cette doctrine résulte clairement des analyses que Saint Augustin a faites des textes de l’Evangile, et notamment des épitres de Paul. Elle a été reprise par Luther, et encore davantage par Calvin dans son traité sur la prédestination de 1532.

Karl Barth a une lecture un peu différente de la prédestination. Le sacrifice à la croix de Jésus-Christ a pour conséquence de racheter potentiellement toute l’humanité. Mais tous les hommes ne sont pas pour autant sauvés, car chacun doit confirmer son élection par sa décision de vivre avec Jésus-Christ, donc d’accepter la grâce qui lui est offerte. La foi permet l’efficience de la grâce.

La question du salut a largement animé les débats, Marc-Henri Vidal exposant la tension qui existe depuis de nombreuses décennies, au sein même de notre confession, entre un « exclusivisme » qui exige l’adhésion à la personne et au message de Jésus-Christ, seul médiateur du salut, un « pluralisme» qui accepte la multitude des chemins d’accès à un salut lui-même revisité, toutes les religions étant des manifestations de Dieu , et un « inclusivisme » qui estime que le salut est en Christ seul , mais sans que la foi explicite en Christ ou l’engagement dans l’ Eglise soit nécessaire .

Bien évidemment, la soirée du 29 mars n’a pas permis de trancher le débat. Au moins, aura-t-elle éclairé les participants à cette réunion théologique. Comme elle manifeste la grande utilité de nos cycles d’informations du mardi soir, dont Cap sur la Bible, qui s’adressent à tous les paroissiens et, au-delà, à tous ceux qui veulent améliorer leur connaissance du christianisme.

Alain Joubert

Compte-rendu du « Grand débat local » du 22 février 2019

Notre Eglise est un bel exemple de brassage. Une cinquantaine de paroissiens, leurs amis et leurs proches, français ou non, se sont réunis un vendredi soir autour de notre pasteur et du président du Conseil presbytéral pour participer à la réflexion nationale et débattre en 2h d’accueil, d’intégration et de citoyenneté.

Marc-Henri Vidal rappelle en introduction l’histoire de la minorité protestante française qui l’a sensibilisée à l’accueil des exilés et persécutés. Les Chrétiens en général, et les Protestants en particulier, partagent des valeurs de fraternité et d’unité qui les rapprochent de la devise républicaine française. Le Pasteur mentionne certains sujets susceptibles de retenir l’attention de l’assemblée, comme l’égalité homme/femme sans oublier les interrogations posées par l’accueil de l’autre (en particulier musulman) dans le respect de son altérité et de sa dignité.

Alain Joubert cite alors la célèbre formule de Michel Rocard : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part». Comment et jusqu’à quel point les Français peuvent-ils accueillir autrui, quitte à redéfinir leur propre identité ? Le débat s’engage sur trois axes : le contexte de l’intégration et de la citoyenneté française, l’articulation de cette citoyenneté autour des questions économiques et enfin la définition de la citoyenneté qui émane des réflexions précédentes.

I – Le context

Plusieurs participants ayant vécu à l’étranger estiment que l’esprit colonisateur perdure dans la société française et déplorent la faible implication nationale dans l’aide au développement des pays qui ont été nos colonies, notamment en Afrique. Nonobstant leur qualification, des personnes originaires d’Afrique ont plus de mal à s’intégrer sur le marché du travail français, affirment plusieurs paroissiens ayant vécu cette situation. Très souvent on demande aux jeunes à la recherche d’un  premier emploi d’avoir déjà de l’expérience !

Ce qui n’est pas réservé aux «étrangers», leur est-il répondu. Par contre, plusieurs responsables associatifs et caritatifs soulignent que l’administration soutient assez efficacement l’intégration des primo-arrivants, à condition qu’ils soient accompagnés par des gens comprenant à peu près les rouages et surtout parlant français. Faire partie d’une Eglise ou d’une paroisse comme la nôtre ou y être pris en charge facilite grandement l’intégration. C’est le cas de la famille syrienne accueillie en mai 2018 par notre Projet Pastoral de Fraternité (collectif réunissant la Fédération Protestante de France, la Conférence St Vincent, notre paroisse et la paroisse catholique de Montmorency).

En revanche, si l’assemblée s’accorde à reconnaitre la qualité traditionnelle de l’accueil en France, force est de constater que le marasme économique au plan national a entraîné une dégradation de l’accueil. D’où le recours de plus en plus fréquent au «bouc émissaire» et la résurgence de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Face à ce triste constat, l’assemblée pose la question du rôle de l’Education Nationale et de son efficacité.

 

L’intégration se fait aussi par la maîtrise de la langue et des codes sociaux. Le regroupement familial massif organisé lors de mandatures précédentes est jugé par certains responsables en partie d’un repli identitaire et communautaire visible aujourd’hui.

II – Comment articuler la citoyenneté française avec les questions économiques qui sous-tendent l’accueil ?

La question qui se pose est celle de l’utilité nationale de l’immigration. Fardeau ou richesse ?  Pour les Chrétiens, nous sommes tous créés à l’image de Dieu. De plus, certains chefs d’entreprise rappellent qu’il existe de nombreux emplois non pourvus sur le marché du travail, notamment dans le domaine de l’artisanat et du bâtiment. Ils réfutent le danger économique que représenterait l’immigration, spectre volontiers brandi en temps de crise, et insistent sur l’apport indéniable des étrangers à la production nationale.

La question d’un revenu universel donné sans condition est ensuite soulevée. Faut-il demander une contrepartie ? Sous quelle forme ? Les réponses sont loin d’être unanimes, devant le risque que l’argent donné soit détourné de ses fins. Crertains proposent plutôt l’attribution de « bons d’achats » ou encore d’une allocation en échange de services sur le modèle déjà ancien des TUC pour mieux valoriser l’intégration sociale. D’autres part, avons nous vraiment défini ce que nous attendons des étrangers ? Rien n’est vraiment formalisé, d’ou certains flottements, alors que la Loi française en matière de laïcité, de la séparation du politique et du religieux, de l’égalité homme/femme n’est pas négociable.

Quid des étrangers venant se faire soigner en France ? Se basant sur leur propre expérience, plusieurs répondent qu’il ne faut pas généraliser certains excès, qu’il faut regarder de plus près les situations individuelles et ne pas condamner les malades qui bénéficient de la qualité des soins en France. Beaucoup demandent à rester après leur guérison et, bien intégrés,  participent à l’effort économique. Il s’agit alors d’un réel investissement humain, souvent masqué par le sentiment diffus de menace provenant de la radicalisation d’un faible pourcentage d’immigrés ou d’intégrés qui « virent de bord ».

III – Quelle définition de la citoyenneté peut on envisager à partir de ce constat ?

L’intégration nous interroge sur l’octroi de la nationalité française, que certains jugent  (de manière contestable) trop facile à obtenir.

Faut-il revenir sur la déchéance de nationalité en cas de rejet manifeste et violent du pays d’accueil ? Le Code pénal prévoirait déjà en partie cette possibilité qui ne  doit pas viser seulement les immigrés.

Faut-il relancer un service national obligatoire ? Les avis convergent sur l’idée qu’un service civique pourrait créer un lien national mais alors qu’il devrait durer plus d’un mois pour être efficace. Il semble que le gouvernement étudie cette question avec ses incidences financières.

L’intégration inclut aussi un questionnement culturel. L’assistance se montre en majorité proche d’une exigence d’assimilation, rejetant le modèle multiculturel anglo-saxon. Les fondements de notre République ne sont pas négociables en matière de droits humains, de séparation stricte de l’Eglise et de l’Etat et de l’égalité en droit de tous les citoyens quel que soit leur sexe ou leur religion. La concentration géographique de communautés minoritaires nécessite une stratégie beaucoup plus volontariste des pouvoirs publics, impactant l’espace urbain et l’habitat collectif. Une mixité sociale est indispensable.

Le thème de l’identité débouche ensuite sur les derniers sujets de l’actualité éducative : faut-il accrocher des drapeaux français et européens dans les classes, faut-il chanter la Marseillaise pour proclamer notre identité nationale ? Ces questions divisent. Certains rappellent que ce sont paradoxalement les colons français qui ont introduit cette pratique dans les pays africains. D’autres, y compris des participants issus de l’immigration, sont très favorables à cette mesure. En revanche, l’assemblée refuse d’imposer un uniforme aux élèves, préférant le port d’une blouse qui masquerait certaines inégalités vestimentaires et sociales et permettrait à chacun de se fondre dans le groupe.

Conclusion

L’assemblée se sépare vers 22h15, heureuse d’avoir contribué,  même modestement,  au grand débat national. Malgré des divergences, plusieurs positions fortes se détachent :

  • la volonté de conserver une place à l’accueil de l’autre dans la France d’aujourd’hui.
  • la nécessité d’encadrer solidement cet accueil
  • l’ambition d’une intégration réussie dans la société actuelle, respectueuse de nos valeurs et de nos traditions, notamment en matière de tolérance laïque
  • le refus du communautarisme et du multiculturalisme
  • la valeur incomparable, à mériter et à cultiver, d’une citoyenneté constitutive de droits et de devoirs.

 

Arlette Sancery

avec la contribution de

Thomas Buffet et Alain Joubert