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Novembre, le mois du Souvenir

Il était une fois quatre étudiants en théologie, résidant dans un séminaire, se sont subrepticement introduit dans les cuisines pour chaparder une tarte. C’était le soir, tard. Evitant les pas des gardiens, les zones de lumière, le bruit des portes, ils ont regagné silencieusement la chambre de l’un des étudiants. Ils se sont assis tous les quatre sur le sol au centre de la pièce, dans une semi-obscurité, la tarte trônant, comme un trophée, au milieu d’eux. Et là, avant de couper en quatre le fruit de leur larcin, une question a fusé : Est-ce que l’on remercie Dieu pour la nourriture que nous allons déguster ?
L’un de la bande est devenu évêque anglican, un autre pasteur pentecôtiste, le troisième a disparu de la circulation chrétienne, et le quatrième, celui qui a posé la question, est maintenant pasteur réformé, votre humble serviteur.

Il y a des souvenirs qui marquent notre parcours de vie et de foi. On peut oublier le nom d’un champion olympique, mais on n’oublie pas ce professeur qui nous a tendu la main. Cet inconnu qui nous a relevé. Cet ami avec qui on a pu faire les 400 coups. J’ai oublié beaucoup de choses sur l’enfance de mes enfants. Ma femme les retient mieux que moi. Mais je n’oublierai jamais, lorsque ma plus grande, âgé de deux ans, qui était assise dans un coin du salon et nous dans la cuisine, se mit à rire à gorge déployée et jamais nous ne l’avions entendu de la sorte. Nous nous sommes précipités, pour la voir en extase devant une photo d’un bouquin grand ouvert, «l’expression des sentiments chez les animaux», une maman singe avec son bébé dans les bras. Elle riait à en pleurer.

Des souvenirs heureux, des souvenirs tristes. Des souvenirs que l’on voudrait effacer et d’autres que l’on rêve de revivre. Parfois des banalités qui pourtant viennent et reviennent dans notre esprit. Ou des moments charnières de notre existence. Des souvenirs embarrassants, réjouissants, qui font du bien ou qui font toujours mal.
Dans la journée de formation au témoignage, qu’une vingtaine de paroissiens ont vécu en octobre, une question a été posé en atelier : Quelles sont les ‘pierres blanches’ de ma vie, les moments où Dieu était là pour m’aider ? Une question bien personnelle, subjective au plus haut point, intime. En toute liberté certains se sont exprimés. En toute simplicité ils ont raconté.
Je me souviens de l’odeur du bran de scie, sous un chapiteau lorsque j’ai rencontré Dieu, il y a plus de 40 ans de cela, et chaque fois que je sens à nouveau cette odeur, un sourire me monte aux lèvres. Je me souviens de cette route poussiéreuse, faisant de l’autostop en traversant le Canada, et de ce vieux poste de radio que je trimbalais et qui ne captait qu’une seule fréquence : une station de radio chrétienne ! Je me souviens de ce monastère que je voulais convertir (?!) et découragé après plusieurs jours, de cette rencontre miraculeuse avec une religieuse de passage, qui d’un simple regard, sans un mot, savait ce que je vivais et je savais qu’elle savait, et je savais qu’elle savait que je savais, et je savais qu’elle savait que je savais qu’elle savait… Je me souviens. Ce n’est pas de la nostalgie, un regret du passé, c’est un souvenir qui nous permet de mieux vivre le présent et de mieux affronter l’avenir et de dire merci pour la vie.

Et je termine avec cette parole du prophète Esaïe (49 : 15-16) Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l’oublierait, Moi je ne t’oublierai point. Voici, je t’ai gravée sur mes mains.

Pasteur Marc-Henri Vidal

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Ouvert, mais pas trop…

Il y a quelques années, au Québec, lors d’un barbecue de paroisse, nous avons manqué de gaz. Le gardien du temple est allé chez un voisin pour emprunter une bonbonne. Il s’est engagé, à mon insu, à ce que l’Eglise lui remette une certaine somme d’argent, équivalente à une fois et demi le remplissage d’une bouteille de gaz. Une semaine plus tard, le voisin furax, est venu réclamer son dû : «J’attends depuis une semaine mon argent ! Vous profitez des gens ! Je suis quelqu’un de généreux, moi !» Cette dernière phrase, qui résonne encore dans ma tête des années plus tard, m’a fait sourire intérieurement. Son attitude, ses propos, le ton de sa voix, disaient exactement le contraire. «Je suis quelqu’un de généreux, moi !» Mon œil !
Pardonne-moi Seigneur.

Je disais, lors d’un prêche, que les gens sont souvent moins ouverts qu’ils ne prétendent l’être. Qu’ils sont souvent moins tolérants qu’ils ne pensent qu’ils le sont. Qu’ils sont souvent moins généreux qu’ils n’affirment qu’ils le sont. C’est un peu normal d’avoir cette image positive de soi. Elle ne doit cependant pas nous aveugler sur la réalité des choses et le délicat équilibre entre la fierté et l’orgueil, le savant dosage d’amour-propre et d’humilité.

Il y a des gens qui aiment les animaux… en sauce blanche ou brune. Et peut-être plus que les humains. Il y en a qui aiment la nature… l’été sur une plage ou en carte postale. Il y en a qui aiment les bouts de choux… à la crème, ils sont silencieux. Il y en a qui aiment Dieu… mais pas de trop près.

Il y a des gens qui aiment le sport… télévisé et dans un bon fauteuil. Il y en a qui aiment les arbres… en feu de cheminée, et les fleurs en papier peint. Il y en a qui aiment les spaghettis… avec des boulettes et du parmesan. Il y en a qui aiment la Bible… un beau livre de collection.
Il y a des gens qui aiment l’église… pour l’architecture ou l’atmosphère. Il y en a qui aiment Jésus… c’est un super pote. Il y en a qui aiment les étrangers… bien chez eux. Il y en a qui aiment l’hiver… pour le ski. Il y en a qui aiment la prière… avant de s’endormir.

L’apôtre Paul dira aux Romains (12 :2-5), et je paraphrase, de ne pas suivre les coutumes du monde, de ne pas se conformer au siècle présent, mais de se laisser transformer par Dieu, à recevoir une intelligence nouvelle, un discernement véritable, une sagesse, un désir pour le bon, le bien, le beau. L’Evangile, c’est de croire qu’il est toujours possible de devenir meilleur.

Dieu nous offre la vie et toutes les choses qui viennent de lui. Ainsi, ne nous croyons pas plus important que nous ne le sommes. N’ayons pas une trop haute opinion de nous-même. Faisons preuve d’humilité, tout en reconnaissant le potentiel immense qu’il y a en chacun de nous. Que chacun se juge lui-même et non les autres. La seule personne avec qui l’on peut se comparer c’est soi-même ! Nous sommes tous uniques, chacun ayant des dons, une mesure de foi, des capacités, des aptitudes, comme un corps humain, avec ses divers membres. Nous formons tous ensemble un seul corps en étant unis au Christ. Et nous sommes tous unis les uns aux autres, chacun à sa place, comme les parties d’un même corps. Amen.

Pasteur Marc-Henri Vidal

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KILUCRU

Dans ce numéro de Chemin Faisant, nous annonçons la rentrée avec son lot d’activités, de réunions, de comités, de projets, sans trop savoir quelles seront les contraintes sanitaires, mais surtout, les réactions des paroissiens face à l’évolution de la situation. Nous présentons un programme comme si de rien n’était. Mais nous sommes conscients de l’inattendu de la situation, des craintes justifiées ou non, des risques de marche arrière.

En faisant la compilation des grandes épidémies qui ont frappé l’Europe depuis la peste noire (XIVe siècle) jusqu’au SRAS (2003-2004), certains médecins parlent d’une moyenne d’un an et demi avant que les situations sanitaires ne retrouvent une certaine normalité. Ces pandémies ont eu souvent un impact économique significatif se prolongeant au-delà de la fin de l’épidémie. Rien de nouveau sous le soleil, nous dira l’Ecclésiaste. Faut-il attendre que tout redevienne comme avant pour planifier ?

Je suis connu, du moins je le crois, comme un prédicateur optimiste, qui a le ‘salut joyeux’, un bon vivant à la manière de Martin Luther, le grand réformateur allemand, loin de la proverbiale austérité calviniste. Quelqu’un qui cherche le beau côté des choses, le bon côté des gens, qui croit tout, espère tout, supporte tout, ou presque. Je suis allergique aux annonciateurs de malheurs, aux prédicateurs du jugement de Dieu et aux spécialistes de l’Apocalypse qui en savent plus sur la fin des temps que ce que la Bible en révèle. Et pourtant, jamais je n’aurais cru…

« Qui l’aurait cru, qui l’aurait cru, qui l’aurait cru ! » paroles prononcées par un journaliste en 1972 lors de la coupe d’Afrique, à Yaoundé, lorsque la république du Congo gagna, à la surprise générale, et pour la seule fois, le trophée tant convoité. Ces mêmes paroles, furent prononcées à Washington en 2008, lorsque le premier président américain de couleur fut élu. Qui l’aurait cru ! A un niveau moindre il est vrai, nous pourrions les prononcer aujourd’hui devant l’ampleur des mesures prises et des conséquences de la crise sanitaire mondiale. Certains d’entre nous ont vécu d’autres « Qui l’aurait cru ! » ,des drames, parfois personnels : terrible tempête, inondation meurtrière, incroyable canicule, déversement toxique ; et des joies, parfois tout aussi personnelles : victoire sportive, grande découverte, rencontre inattendue, naissance miraculeuse.

Je ne suis pas là pour en faire la liste, mais pour souligner que nous, qui nous exclamons «Qui l’aurait cru ! » pouvons également nous approprier cette formule de Jules César : « Veni, vedi, vici » je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Alors bienvenue dans le club des vainqueurs !

En parlant de tempêtes, nous avons gardé nos 4 petits-enfants une semaine au presbytère. Les jumeaux de 3 ans Mathilde et Jonas, leur grand frère Emile 5 ans, qui est plein d’énergie, et leur grande sœur Noëlle qui va avoir 10 ans. Ce fut génial. La maison n’était pas prête à subir l’épreuve des enfants. Plein de bibelots, de livres, d’objets de toutes sortes, à portée de leurs mains. Encore aujourd’hui, après plusieurs semaines, je souris lorsque je découvre un truc qui n’est pas à sa place, ou un bidule tordu, un machin auquel il manque un morceau. Toute l’énergie, toute l’attention, toute la tension (un bon jeu de mot), qui peuvent peser lourd dans la balance du stress et qui pourtant sont complètement, absolument, totalement, contrebalancées par un simple « je t’aime papy ». Comme quoi le bonheur, fait de ces petites touches de joie, minuscules moments de pur plaisir, poussière de grâce, miettes de paix, étincelles d’amour, peut balayer des tonnes de tracas.

 Et je vous propose un verset pour l’année qui vient, texte sur lequel nous reviendrons : 2 Corinthiens 4 :17 « Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au- delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. »

Pasteur Marc-Henri Vidal

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PREPARATION DE LA SEMAINE SAINTE

  1. Éditorial du pasteur
  2. Pâques chez les protestants
  3. Petite histoire de la Pâque au temps de Jésus
  4. Le lavement des pieds
  5. Le repas de la Pâque revisité

1. Éditorial du pasteur

Mais quel est donc ce virus ?

Qui fait que des pères jouent avec leurs enfants, que des familles se retrouvent autour de la table, que l’on découvre ses voisins, que des jeunes aident des plus âgés, que l’on réorganise nos priorités, que l’on chante sur son balcon, que l’on applaudisse à 20h…

Michel Sardou chantait, il y a près de 50 ans : «Elle court, elle court, la maladie d’amour.»

En ce temps de Pâques, nous nous rappelons cet amour de Dieu pour l’humanité, ce Père qui rit et qui pleure avec ses enfants, qui partage notre quotidien, et qui veut chanter sur nos balcons.

Offrons-lui le merci de nos cœurs tout en étant empli de compassion pour ceux qui souffrent.

2. Pâques chez les protestants

    PÂQUES, c’est entendu, constitue la principale fête, le symbole même du christianisme. Mais même chez les paroissiens confirmés, l’origine et la signification de cette fête posent souvent question.

Un résumé pour aborder les fêtes de Pâques.

2.1) UNE FÊTE JUIVE PUIS UNE FÊTE CHRÉTIENNE

La Pâque est à l’origine une fête juive, commémorant un épisode sanglant de l’Exode, où le sacrifice de l’agneau par les familles juives en déportation avait permis de sauver les nouveaux nés juifs de la dernière des dix plaies d’Égypte imposées par l’Éternel au pharaon et aux Égyptiens. La Pâque juive commémore donc la libération du peuple d’Israël, mais aussi la fête agricole des Azymes (d’où son autre nom de fête des pains sans levain).

La fête chrétienne de Pâques regroupe, de manière indissociable, les évènements de la Cène, de la Passion et de la Résurrection qui, d’après les évangiles, ont eu lieu lors de la célébration de la Pâque juive. La date mobile de cette fête chrétienne a été fixée en 325 par le concile de Nicée. Elle se tient le premier dimanche qui suit la pleine lune après l’équinoxe du printemps. Donc elle peut avoir lieu entre le 22 Mars et le 25 Avril. C’est une fête de printemps, car les jours deviennent plus longs que les nuits dans l’hémisphère nord.

La Bible ne parle que de la Pâque. Jusqu’au XVIème siècle, le singulier et le pluriel se sont employés indifféremment. Bien qu’il n’y ait pas de règle impérative ou incontestée dans ce domaine, le singulier  désigne désormais en France  la  fête juive et le pluriel la fête chrétienne. En Italie, la fête chrétienne de Pâques (Pasqua) se décline au singulier. Dans les pays anglo-saxons, on distingue bien Passover (la Pâque) et Easter (Pâques)…

 2.2) LE JEUDI SAINT

Lors de son dernier repas, Jésus fête la Pâque juive avec ses douze apôtres en partageant avec eux le pain (qui devient symbole de son corps, celui du Christ) et le vin (qui devient symbole de son sang, celui du Christ). Ce moment institue le sacrement de la cène, qui signifie repas. La cène est avec le baptême un des deux sacrements du protestantisme

2.3) LE VENDREDI SAINT

Condamné à mort par Ponce Pilate, Jésus est contraint de porter sa croix jusqu’au sommet de la colline du Golgotha où il subit le châtiment horrible et alors infâmant de la crucifixion.

Ce sacrifice (où Jésus remplace l’agneau pascal) témoigne de l’amour immense que Dieu porte aux humains puisqu’il se sacrifie pour eux …

2.4) LE DIMANCHE DE PAQUES

Le troisième jour après sa mort, le tombeau de Jésus est retrouvé vide. Jésus apparaît à ses disciples. La résurrection de Jésus constitue l’axe central de la foi chrétienne, la victoire de la vie sur la mort, et l’espérance de la vie éternelle offerte à tous par la grâce de Dieu. Elle apporte la joie et l’espérance, car la résurrection du Christ annonce la libération du mal et de la mort et l’entrée dans la vie donnée par Dieu. «Vous êtes ressuscités avec le Christ» écrit l’Apôtre Paul aux habitants de Colosse, et à chacun de nous.

2.5) LES IMAGES DES CLOCHES, DES LAPINS ET DES ŒUFS

L’œuf, témoin de la vie qui se manifeste, symbolise la fin des privations du carême, car il était longtemps interdit d’en consommer pendant toute cette période. Les lièvres et les lapins apportent traditionnellement les œufs dans les pays protestants. Pour les catholiques, ce sont les cloches venues de Rome, muettes depuis le jeudi saint, qui ont cette mission.

3. Petit historique de la Pâque au temps de Jésus

Les exégètes nous rappellent que les cinq livres du Pentateuque rassemblent des textes d’époques et de courants théologiques différents. C’est vrai pour les trois codes de lois concernant la Pâque :

  • le code de l’Alliance (Exode 21 et suivants),
  • le code de sainteté (Lv 17-26),
  • le code deutéronomique (Dt,12-26).

Dans Exode, on trouve les lois les plus anciennes, remontant parfois au 7e siècle. Dans le Deutéronome, on discerne beaucoup de lois d’avant et pendant l’Exil (587 et après). Beaucoup dans Lévitique sont anciennes mais ont été mises par écrit au retour de l’Exil. Malgré leur disparité, toutes ces lois sont reçues comme « paroles de Dieu ».

Ce qui explique que pour la fête de la Pâque – qui chaque année commémore la 1e libération d’Israël, la sortie d’Égypte (Ex 12-13) – le rituel combine 2 rites distincts célébrés au début du printemps, le rite de l’agneau pascal (venant des bergers juste avant de partir en transhumance) et celui des pains azymes, venant plutôt des agriculteurs de Canaan. Mais peu à peu, la réforme de Josias va uniformiser le calendrier et s’affranchir des rites agraires. La Pâque, primitivement fête familiale, devient une fête de pèlerinage célébrée dans le Temple de Jérusalem et couplée avec celle des Azymes, comme en témoigne le Papyrus pascal daté de 419.

Qu’en est-il au temps de Jésus ? Ne comptons pas sur les évangiles pour un compte-rendu historique. Mais par d’autres sources, le Seder est connu comme se déroulant selon une liturgie précise :

1° des hors d’œuvre sont servis dans une pièce séparée et une coupe de bénédiction est distribuée.

2° dans la salle principale le repas est servi. Un enfant interroge le père de famille. On chante des psaumes et on passe la 2e coupe.

Ensuite vient la bénédiction du pain distribué par le père. Alors seulement on mange l’agneau pascal, le pain, les herbes amères et on passe une 3e coupe, avant les chants de la fin et le partage d’une dernière coupe.

Jésus va subtilement transformer ce rituel. C’est ce que nous découvrirons cette semaine…

4. Le lavement des pieds (Jn 13, 1-17)

Si se laver soigneusement les mains par ce temps de confinement est un petit geste d’amour, pour les autres et pour soi, le lavement des pieds pratiqué par Jésus à la veille de sa mort est le témoignage d’un amour d’une autre dimension, à une autre échelle, « jusqu’au bout ».

Jésus est arrivé six jours avant la Pâque dans la région de Jérusalem. A la veille du sabbat qui marque le début de la fête, il prend son dernier repas avec les douze, « sachant que l’heure était venue pour lui…» (Jn 13-1). Il leur laisse en testament un commandement d’amour :

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Et il leur donne un exemple de cet amour infini par un acte, sur le lieu même où les synoptiques racontent comment l’eucharistie a été instituée. Car l’amour au sens où Jésus l’entend n’est pas un sentiment mais un acte, un signe qu’il va poser en se faisant, paradoxe suprême, serviteur.

Par ce signe, il confirme ce qu’il n’a cessé de leur répéter : tout se déroule selon les Écritures comme le prophète Esaïe l’a écrit dans un texte connu de tous sur « le serviteur souffrant » (Es 53,1-12). Tout ce qui va se passer est la volonté de Dieu, acceptée par son Fils. Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris…Il offre le salut gratuitement à tous, les fidèles et les autres, même à Judas qui fait toujours partie des douze au moment où Jésus s’accroupit pour leur laver les pieds. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale, mais d’un acte de révélation, vital.

Souvent nous ne pensons à nos pieds que quand ils nous font mal; là on se rend compte de leur rôle essentiel. C’est encore plus vrai au temps du Christ où les déplacements se font à pieds. Seuls les riches peuvent s’offrir une litière, un cheval ou même un âne. Jésus marche, les disciples marchent, et on se déchausse avant d’entrer dans les maisons. D’où la valeur du bain de pieds, de l’eau fraiche sur des pieds fourbus. Mais en général, les gens lavent leurs propres pieds, sauf à avoir des esclaves pour accomplir cette basse besogne en signe de respect pour des invités. D’où le sentiment d’horreur ressenti par Pierre à la vue de Jésus, pratiquement nu, agenouillé devant eux. Il ne peut pas comprendre cette offrande de son maître qui s’est dépouillé de tout! Mais quand Jésus lui dit : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi (Jn 13, 8) et lui redit que son chemin passe par le service du prochain, alors, toujours excessif, Pierre voudrait un bain complet et pas seulement des pieds !

Le texte de Jean est un peu elliptique. L’idée du baptême, le bain complet (celui qui s’est baigné) qui nous fait passer de l’autre côté, et n’a donc pas besoin d’être renouvelé, est sous-jacente. Mais l’acte de Jésus est tellement radical que sur le moment les disciples ne peuvent pas en comprendre le sens profond. Il essaie bien de leur expliquer qu’eux-aussi devront faire la même chose, se laver les pieds les uns aux autres (Jn 13,14-15) mais c’est trop difficile. Pas plus qu’ils n’avaient compris quelques jours plus tôt le geste de Marie à Béthanie (Jn 12, 3-4) : elle lui avait versé un parfum coûteux sur les pieds et les avait essuyés avec ses cheveux !!! Jésus seul avait vu son offrande comme une marque de pure adoration et attribué à son geste une valeur prophétique, en lien avec l’embaumement de son corps après son supplice sur la croix.

Il faudra que l’Esprit Saint agisse, sur eux comme sur nous, pour actualiser les paroles de Jésus, nous les faire comprendre un peu mieux et nous donner la force d’agir comme il nous l’a commandé, au service des autres, pour l’amour de Celui qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3, 16-17).

Amen.

5. Le repas de la Pâque revisité

Placé tout entier sous l’écho des chants du serviteur souffrant d’Esaïe 53, le récit de l’institution eucharistique que nous trouvons par exemple chez Matthieu (26,v.26-30) montre comme Jésus réinterprète subtilement les rites juifs habituels.

Le dernier repas qu’il célèbre avec les douze est orienté vers la mort, la sienne, sans évoquer la libération d’Égypte. Ses paroles visent à expliquer le sens de cette mort librement consentie, en 3 moments : une parole et une action sur le pain (v.26), une action et une parole sur la coupe (v.27-28) et une promesse eschatologique (v.29) concernant la fin des temps et non le seul passé d’Israël.

Avec « ceci est mon corps », Jésus – même disparu – sera désormais présent par la communion au pain partagé. Ce pain là n’est pas la manne « celui qu’ont mangé nos pères. Et ils sont morts » (Jn 6, 54-58), c’est le pain de Dieu, le pain de vie.

Même chose pour l’action sur le vin. Alors que le sang des agneaux de l’Exode scellait l’alliance entre Dieu et son peuple, ici le «sang répandu pour beaucoup » fait exploser les frontières nationales. Rattachement à une tradition, mais amplification de celle-ci. Rituel assumé comme un vécu personnel : il ne s’agit plus du sang d’animaux. Par la vie d’un humain historique, Jésus de Nazareth, « agneau de Dieu », Dieu inscrit sa volonté de pardon et d’amour pour l’humanité.

Puis vient la promesse, « désormais… » l’attente du banquet céleste où Jésus goûtera avec eux, avec nous, le vin nouveau du Royaume (v.29). Jésus signe et signera désormais sa présence dans le morceau de pain et la gorgée de vin que nous partageons. Le rituel juif est devenu chrétien, et la fête célébrée est celle du Messie, celle de la libération, du passage de la mort à la vie pour ceux qui partagent la cène avec lui.

« Voici : je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap3,20)

PREPARATION DE LA SEMAINE SAINTE

  1. Éditorial du pasteur
  2. Pâques chez les protestants
  3. Petite histoire de la Pâque au temps de Jésus
  4. Le lavement des pieds
  5. Le repas de la Pâque revisité

1. Éditorial du pasteur

Mais quel est donc ce virus ?

Qui fait que des pères jouent avec leurs enfants, que des familles se retrouvent autour de la table, que l’on découvre ses voisins, que des jeunes aident des plus âgés, que l’on réorganise nos priorités, que l’on chante sur son balcon, que l’on applaudisse à 20h…

Michel Sardou chantait, il y a près de 50 ans : «Elle court, elle court, la maladie d’amour.»

En ce temps de Pâques, nous nous rappelons cet amour de Dieu pour l’humanité, ce Père qui rit et qui pleure avec ses enfants, qui partage notre quotidien, et qui veut chanter sur nos balcons.

Offrons-lui le merci de nos cœurs tout en étant empli de compassion pour ceux qui souffrent.

2. Pâques chez les protestants

    PÂQUES, c’est entendu, constitue la principale fête, le symbole même du christianisme. Mais même chez les paroissiens confirmés, l’origine et la signification de cette fête posent souvent question.

Un résumé pour aborder les fêtes de Pâques.

2.1) UNE FÊTE JUIVE PUIS UNE FÊTE CHRÉTIENNE

La Pâque est à l’origine une fête juive, commémorant un épisode sanglant de l’Exode, où le sacrifice de l’agneau par les familles juives en déportation avait permis de sauver les nouveaux nés juifs de la dernière des dix plaies d’Égypte imposées par l’Éternel au pharaon et aux Égyptiens. La Pâque juive commémore donc la libération du peuple d’Israël, mais aussi la fête agricole des Azymes (d’où son autre nom de fête des pains sans levain).

La fête chrétienne de Pâques regroupe, de manière indissociable, les évènements de la Cène, de la Passion et de la Résurrection qui, d’après les évangiles, ont eu lieu lors de la célébration de la Pâque juive. La date mobile de cette fête chrétienne a été fixée en 325 par le concile de Nicée. Elle se tient le premier dimanche qui suit la pleine lune après l’équinoxe du printemps. Donc elle peut avoir lieu entre le 22 Mars et le 25 Avril. C’est une fête de printemps, car les jours deviennent plus longs que les nuits dans l’hémisphère nord.

La Bible ne parle que de la Pâque. Jusqu’au XVIème siècle, le singulier et le pluriel se sont employés indifféremment. Bien qu’il n’y ait pas de règle impérative ou incontestée dans ce domaine, le singulier  désigne désormais en France  la  fête juive et le pluriel la fête chrétienne. En Italie, la fête chrétienne de Pâques (Pasqua) se décline au singulier. Dans les pays anglo-saxons, on distingue bien Passover (la Pâque) et Easter (Pâques)…

 2.2) LE JEUDI SAINT

Lors de son dernier repas, Jésus fête la Pâque juive avec ses douze apôtres en partageant avec eux le pain (qui devient symbole de son corps, celui du Christ) et le vin (qui devient symbole de son sang, celui du Christ). Ce moment institue le sacrement de la cène, qui signifie repas. La cène est avec le baptême un des deux sacrements du protestantisme

2.3) LE VENDREDI SAINT

Condamné à mort par Ponce Pilate, Jésus est contraint de porter sa croix jusqu’au sommet de la colline du Golgotha où il subit le châtiment horrible et alors infâmant de la crucifixion.

Ce sacrifice (où Jésus remplace l’agneau pascal) témoigne de l’amour immense que Dieu porte aux humains puisqu’il se sacrifie pour eux …

2.4) LE DIMANCHE DE PAQUES

Le troisième jour après sa mort, le tombeau de Jésus est retrouvé vide. Jésus apparaît à ses disciples. La résurrection de Jésus constitue l’axe central de la foi chrétienne, la victoire de la vie sur la mort, et l’espérance de la vie éternelle offerte à tous par la grâce de Dieu. Elle apporte la joie et l’espérance, car la résurrection du Christ annonce la libération du mal et de la mort et l’entrée dans la vie donnée par Dieu. «Vous êtes ressuscités avec le Christ» écrit l’Apôtre Paul aux habitants de Colosse, et à chacun de nous.

2.5) LES IMAGES DES CLOCHES, DES LAPINS ET DES ŒUFS

L’œuf, témoin de la vie qui se manifeste, symbolise la fin des privations du carême, car il était longtemps interdit d’en consommer pendant toute cette période. Les lièvres et les lapins apportent traditionnellement les œufs dans les pays protestants. Pour les catholiques, ce sont les cloches venues de Rome, muettes depuis le jeudi saint, qui ont cette mission.

3. Petit historique de la Pâque au temps de Jésus

Les exégètes nous rappellent que les cinq livres du Pentateuque rassemblent des textes d’époques et de courants théologiques différents. C’est vrai pour les trois codes de lois concernant la Pâque :

  • le code de l’Alliance (Exode 21 et suivants),
  • le code de sainteté (Lv 17-26),
  • le code deutéronomique (Dt,12-26).

Dans Exode, on trouve les lois les plus anciennes, remontant parfois au 7e siècle. Dans le Deutéronome, on discerne beaucoup de lois d’avant et pendant l’Exil (587 et après). Beaucoup dans Lévitique sont anciennes mais ont été mises par écrit au retour de l’Exil. Malgré leur disparité, toutes ces lois sont reçues comme « paroles de Dieu ».

Ce qui explique que pour la fête de la Pâque – qui chaque année commémore la 1e libération d’Israël, la sortie d’Égypte (Ex 12-13) – le rituel combine 2 rites distincts célébrés au début du printemps, le rite de l’agneau pascal (venant des bergers juste avant de partir en transhumance) et celui des pains azymes, venant plutôt des agriculteurs de Canaan. Mais peu à peu, la réforme de Josias va uniformiser le calendrier et s’affranchir des rites agraires. La Pâque, primitivement fête familiale, devient une fête de pèlerinage célébrée dans le Temple de Jérusalem et couplée avec celle des Azymes, comme en témoigne le Papyrus pascal daté de 419.

Qu’en est-il au temps de Jésus ? Ne comptons pas sur les évangiles pour un compte-rendu historique. Mais par d’autres sources, le Seder est connu comme se déroulant selon une liturgie précise :

1° des hors d’œuvre sont servis dans une pièce séparée et une coupe de bénédiction est distribuée.

2° dans la salle principale le repas est servi. Un enfant interroge le père de famille. On chante des psaumes et on passe la 2e coupe.

Ensuite vient la bénédiction du pain distribué par le père. Alors seulement on mange l’agneau pascal, le pain, les herbes amères et on passe une 3e coupe, avant les chants de la fin et le partage d’une dernière coupe.

Jésus va subtilement transformer ce rituel. C’est ce que nous découvrirons cette semaine…

4. Le lavement des pieds (Jn 13, 1-17)

Si se laver soigneusement les mains par ce temps de confinement est un petit geste d’amour, pour les autres et pour soi, le lavement des pieds pratiqué par Jésus à la veille de sa mort est le témoignage d’un amour d’une autre dimension, à une autre échelle, « jusqu’au bout ».

Jésus est arrivé six jours avant la Pâque dans la région de Jérusalem. A la veille du sabbat qui marque le début de la fête, il prend son dernier repas avec les douze, « sachant que l’heure était venue pour lui…» (Jn 13-1). Il leur laisse en testament un commandement d’amour :

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Et il leur donne un exemple de cet amour infini par un acte, sur le lieu même où les synoptiques racontent comment l’eucharistie a été instituée. Car l’amour au sens où Jésus l’entend n’est pas un sentiment mais un acte, un signe qu’il va poser en se faisant, paradoxe suprême, serviteur.

Par ce signe, il confirme ce qu’il n’a cessé de leur répéter : tout se déroule selon les Écritures comme le prophète Esaïe l’a écrit dans un texte connu de tous sur « le serviteur souffrant » (Es 53,1-12). Tout ce qui va se passer est la volonté de Dieu, acceptée par son Fils. Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris…Il offre le salut gratuitement à tous, les fidèles et les autres, même à Judas qui fait toujours partie des douze au moment où Jésus s’accroupit pour leur laver les pieds. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale, mais d’un acte de révélation, vital.

Souvent nous ne pensons à nos pieds que quand ils nous font mal; là on se rend compte de leur rôle essentiel. C’est encore plus vrai au temps du Christ où les déplacements se font à pieds. Seuls les riches peuvent s’offrir une litière, un cheval ou même un âne. Jésus marche, les disciples marchent, et on se déchausse avant d’entrer dans les maisons. D’où la valeur du bain de pieds, de l’eau fraiche sur des pieds fourbus. Mais en général, les gens lavent leurs propres pieds, sauf à avoir des esclaves pour accomplir cette basse besogne en signe de respect pour des invités. D’où le sentiment d’horreur ressenti par Pierre à la vue de Jésus, pratiquement nu, agenouillé devant eux. Il ne peut pas comprendre cette offrande de son maître qui s’est dépouillé de tout! Mais quand Jésus lui dit : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi (Jn 13, 8) et lui redit que son chemin passe par le service du prochain, alors, toujours excessif, Pierre voudrait un bain complet et pas seulement des pieds !

Le texte de Jean est un peu elliptique. L’idée du baptême, le bain complet (celui qui s’est baigné) qui nous fait passer de l’autre côté, et n’a donc pas besoin d’être renouvelé, est sous-jacente. Mais l’acte de Jésus est tellement radical que sur le moment les disciples ne peuvent pas en comprendre le sens profond. Il essaie bien de leur expliquer qu’eux-aussi devront faire la même chose, se laver les pieds les uns aux autres (Jn 13,14-15) mais c’est trop difficile. Pas plus qu’ils n’avaient compris quelques jours plus tôt le geste de Marie à Béthanie (Jn 12, 3-4) : elle lui avait versé un parfum coûteux sur les pieds et les avait essuyés avec ses cheveux !!! Jésus seul avait vu son offrande comme une marque de pure adoration et attribué à son geste une valeur prophétique, en lien avec l’embaumement de son corps après son supplice sur la croix.

Il faudra que l’Esprit Saint agisse, sur eux comme sur nous, pour actualiser les paroles de Jésus, nous les faire comprendre un peu mieux et nous donner la force d’agir comme il nous l’a commandé, au service des autres, pour l’amour de Celui qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3, 16-17).

Amen.

5. Le repas de la Pâque revisité

Placé tout entier sous l’écho des chants du serviteur souffrant d’Esaïe 53, le récit de l’institution eucharistique que nous trouvons par exemple chez Matthieu (26,v.26-30) montre comme Jésus réinterprète subtilement les rites juifs habituels.

Le dernier repas qu’il célèbre avec les douze est orienté vers la mort, la sienne, sans évoquer la libération d’Égypte. Ses paroles visent à expliquer le sens de cette mort librement consentie, en 3 moments : une parole et une action sur le pain (v.26), une action et une parole sur la coupe (v.27-28) et une promesse eschatologique (v.29) concernant la fin des temps et non le seul passé d’Israël.

Avec « ceci est mon corps », Jésus – même disparu – sera désormais présent par la communion au pain partagé. Ce pain là n’est pas la manne « celui qu’ont mangé nos pères. Et ils sont morts » (Jn 6, 54-58), c’est le pain de Dieu, le pain de vie.

Même chose pour l’action sur le vin. Alors que le sang des agneaux de l’Exode scellait l’alliance entre Dieu et son peuple, ici le «sang répandu pour beaucoup » fait exploser les frontières nationales. Rattachement à une tradition, mais amplification de celle-ci. Rituel assumé comme un vécu personnel : il ne s’agit plus du sang d’animaux. Par la vie d’un humain historique, Jésus de Nazareth, « agneau de Dieu », Dieu inscrit sa volonté de pardon et d’amour pour l’humanité.

Puis vient la promesse, « désormais… » l’attente du banquet céleste où Jésus goûtera avec eux, avec nous, le vin nouveau du Royaume (v.29). Jésus signe et signera désormais sa présence dans le morceau de pain et la gorgée de vin que nous partageons. Le rituel juif est devenu chrétien, et la fête célébrée est celle du Messie, celle de la libération, du passage de la mort à la vie pour ceux qui partagent la cène avec lui.

« Voici : je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap3,20)