Actualités

BAC + …

Je reçois mes petits-enfants pour quelques jours et j’emprunte une poussette pour un mois (merci à l’EPI, cette association d’entraide hébergée à la paroisse) et un parc pour coucher bébé (merci à Emmaüs, dont nous sommes des fidèles).
Me voici donc devant ces objets issus de la plus haute technologie du 21° siècle, et c’est un véritable casse-tête pour les ouvrir et les déployer, sans qu’ils se referment sur les doigts. Finalement, après moult tracasseries, la réussite. Je contemple le tout d’un œil expert, fier de mon succès et pensant avoir franchi tous les obstacles de l’ingénierie, jusqu’au moment où il faut refermer correctement le tout et faire face à cette nouvelle épreuve encore plus terrifiante que la première.
Je soupçonne un inventeur, malin génie, célibataire endurci, qui derrière son bureau se réjouit malicieusement en pensant aux pauvres parents qui ne détiennent pas de bac plus trois, voire plus cinq, pour venir à bout de ces puzzles mécaniques.

Nous pouvons classer dans la même catégorie certains meubles Ikéa ainsi que des tentes dites pop-up.

Je pense alors avec compassion à ces parents qui se préparent à passer le bac blanc avec leur chère progéniture. J’ai bien dit, les parents qui passent le bac, car à voir tous les efforts déployés, toute la sueur mouillant les épreuves, toutes les nuits de révision partagées avec leurs grands ados, on peut se poser la question de savoir qui tient le plus à réussir cette étape de l’apprentissage scolaire.
Avec le printemps qui poursuit sa course, c’est d’ailleurs le temps de penser à envisager de commencer à se préparer pour, éventuellement, et pour ceux que cela concerne, passer ce fameux bac !

Le printemps est également la saison de préparation au mariage. J’en ai une douzaine cet été, sans compter les baptêmes, présentations d’enfants et bénédictions de familles. Avec 4, 5 ou 6 rencontres par couple, vous imaginez la complexité du planning. Une des étapes de la préparation est le choix des textes bibliques. Il est surprenant de constater le nombre de chrétiens qui n’ont jamais, ou presque, ouvert une Bible ! Certains n’en possèdent même pas. Ils se retrouvent alors dans la même situation que moi devant ma poussette. Une montagne à gravir, un océan à traverser. Il faut reconnaître que pour le néophyte, la Bible peut sembler un livre obscur.

Je me permets de partager quelques courtes réflexions sur ce livre fascinant.

L’Ancien Testament n’est pas quelque chose à faire, mais à comprendre.
Les grandes vérités de la Bible peuvent être comprises par des gens de toutes catégories, de tous âges, quelle que soit leur éducation. Mais, en même temps la Bible est si riche et complexe qu’on peut lire et relire et toujours découvrir quelque chose de nouveau.
Ce qui me lance le plus grand défi dans la Bible, ce ne sont pas les choses que je ne comprends pas, mais celles que je comprends très bien. (Mark Twain)
Le message de la Bible ne réside pas dans ce qui est caché, ésotérique, réservé à quelques initiés. Il est accessible à tous.
Sur certains sujets, la Bible nous donne suffisamment d’informations pour débuter une discussion, mais pas assez d’informations pour terminer la discussion.
La Bible nous dit peu de choses sur ce qu’il y avait avant, sur ce qu’il y aura après, sur ce qui est au-dessus ou en-dessous, mais elle nous dit essentiellement ce que nous avons besoin de savoir pour vivre aujourd’hui.

Bonne lecture
Pasteur Marc-Henri Vidal

SI LES MURS POUVAIENT PARLER…

Pour la communauté juive, la fête de Pâque qui commémore la sortie d’Égypte et la libération de l’esclavage, est étroitement liée au concept de la mémoire.
Le souvenir pour les Hébreux n’est pas un simple regard vers le passé, c’est une actualisation de ce passé dans le présent.
De là, l’importance de préserver les traditions, d’enseigner les commandements anciens et de rappeler les grandes histoires qui ont fait de ce peuple ce qu’il est.
Exode 12 : 14 en souligne l’importance : «Vous rappellerez le souvenir de ce jour en le célébrant par une fête en l’honneur de l’Éternel ; cette célébration sera une prescription perpétuelle pour vous au fil des générations».

Quelqu’un m’a posé la question sur ce qui me manquera le plus en quittant la paroisse d’Enghien. Je peux penser à des gens, des lieux ou des moments qui ont marqué les dix années que nous avons passées ici.
Je préfère pourtant inverser la question : Qu’est-ce que je retiendrai le plus de mon séjour parmi vous ? Et là je parlerai d’une joie de vivre de la communauté qui m’a transformé. De l’atmosphère, des plaisirs, des joies, qui me permettront non pas de regretter un passé mais de mieux vivre le présent, dans la joie des souvenirs, et d’affronter l’avenir, avec l’expérience du passé.
Merci donc à chacun d’entre vous de m’avoir permis d’être ce que je suis devenu après dix ans à Enghien. Le plaisir que j’en retire vaut bien dix années d’amour et de labeur.

Si les murs pouvaient parler ils raconteraient les travaux d’agrandissement du temple que nous avons réalisés en ajoutant une cinquantaine de places à la tribune. Mais nous ne sommes pas les premiers ! Le pasteur Jean Arnoux, dans les années 1930, avait lui aussi agrandi le temple.
Les murs parleraient de l’orgue dont nous avons doublé les jeux en 2016, mais également de son installation avec le pasteur Badel dans les années 1950. Les murs ont vu la création de l’association 4X1 en 2013, rapprochant catholiques, juifs, musulmans et protestants, pour le mieux vivre ensemble, et celle du Conseil d’Églises chrétiennes du Val d’Oise en 2017.
Ces mêmes murs nous rappelleraient que le pasteur Dubs dans les années 1970 en avait fait tout autant. Je pourrais allonger la liste en citant d’autres accomplissements du présent et parallèlement des réalisations similaires des pasteurs précédents, car comme l’Ecclésiaste se plaît à le dire (1 :9) « Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se refera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Nuançons tout de même.
Il y a des façons nouvelles de faire des choses anciennes.
Mais ayons toujours l’humilité de ne pas nous croire le premier, ou le seul ou l’indispensable. Tout ceci pour dire que ce que certains ont fait, nous l’avons poursuivi et d’autres le continueront. Je dis bien « nous », car c’est ensemble que nous construisons l’Église de Dieu, ensemble que nous témoignons de cette parcelle du Royaume de Dieu sur terre, ensemble que nous vivons la communauté chrétienne.

Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient Pâques qui fait vibrer les lieux depuis 1855. Les chants, les baptêmes, les célébrations, les musiques, les communions, les processions, les enfants, les beaux vêtements…
Pâques c’est la vie du Christ en nous ! Alors, joyeuses Pâques !

Pasteur Marc-Henri Vidal

 

Your content goes here. Edit or remove this text inline or in the module Content settings. You can also style every aspect of this content in the module Design settings and even apply custom CSS to this text in the module Advanced settings.

 

LE PRINTEMPS

Pasteur à Washington, le printemps était éblouissant. Les milliers de cerisiers décoratifs japonais, offerts pour la plupart par le pays d’origine, remplissaient des quartiers entiers de la ville et le « National Mall » (l’esplanade nationale), ce parc du centre-ville encerclé par le Capitole, les musées du Smithsonian, la Maison Blanche et les divers monuments dédiés aux anciens présidents (et à Martin Luther King, le seul non-président à y avoir une statue géante). Ces cerisiers en plein épanouissement floral recouvraient toutes les teintes de rose, du pâle et du pastel, du poudré et du clair, du vif et du mat. Dans ce climat semi-tropical, les oiseaux s’en donnaient à cœur joie.

Pasteur à Montréal, il n’y avait pas vraiment de printemps. Le passage d’une saison à l’autre était brusque, rapide, surprenant. Le mois de mars était à la fois le dégel et l’attente d’une éventuelle tempête de neige, qui, une fois tombée, fondait rapidement et laissait la place en quelques semaines, voire quelques jours, à une abondante floraison et une chaleur estivale.
Les terrasses balayées, les patios nettoyés, le mobilier extérieur en place, les barbecues activés, et la vie en plein air, sur les balcons, dans les jardins, dans les parcs, avec tous les spectacles de rue, reprenait tous ses droits.

Pasteur à Enghien, le printemps est doux, tranquille. Il ne fait qu’amplifier ce qui n’a jamais cessé d’être. D’après les critères canadiens, il n’y a pas ou plus de véritable hiver enghiennois. (On me parle parfois d’un temps où l’on patinait sur le lac d’Enghien).
Roses et géraniums ont continué, bien que timidement, à fleurir. Mésanges, pigeons, moineaux et perruches (oui, nous en avons toute une population !) ont continué, bien que discrètement, à zinzinuler, roucouler, piailler ou crier. Le printemps leur donne alors une énergie nouvelle.

«Car voici, l’hiver est passé ; La pluie a cessé, elle s’en est allée. Les fleurs paraissent sur la terre, Le temps de chanter est arrivé, Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes».
Ainsi parle le Cantique des Cantiques (2 : 11-12). Le temps de chanter est arrivé ! Le temps de s’époumoner, de respirer, d’inhaler. Le temps de chantonner, de psalmodier, de gazouiller.

Nous traversons diverses saisons dans notre vie. Des étés au souffle doux et chaud sur la peau nue, ou au contraire des étés de foi où la sécheresse fait des ravages. Des automnes de vent qui ébouriffe les cheveux, et parfois des automnes religieux déprimants. Des hivers joyeux de batailles de boules de neige, ou quelquefois des hivers spirituels glacials et douloureux. Tout cela pourrait nous amener à douter du retour du printemps et pourtant sa venue est certaine.
(Osée 6 : 3) «Connaissons, cherchons à connaître l’Éternel ; Sa venue est aussi certaine que celle de l’aurore. Il viendra pour nous comme la pluie, Comme la pluie du printemps qui arrose la terre».

Une saison de vie pour se préparer à porter du fruit, celui de l’Esprit. Vivre le printemps de Dieu, la présence de Dieu. Vivre l’amour de Dieu, la renaissance de la vie, ce miracle divin, dont nous sommes une partie.
«Car, comme la terre fait éclore son germe, Et comme un jardin fait pousser ses semences, Ainsi le Seigneur, l’Éternel, fera germer le salut et la louange» (Ésaïe 61 : 11) Vivre le salut et la louange !

Joyeux printemps !
Pasteur Marc-Henri Vidal

 

_________________________________________________________________________________________________

 

LES BEATITUDES

Au moment d’écrire ces quelques lignes, je prépare deux voyages, l’un au Pakistan fin janvier et l’autre au Togo fin février.
Nous serons à Lahore, pour soutenir et inaugurer une église protestante sœur, la Fellowship Chapel, ainsi que visiter l’école où 11 enfants sont parrainés par nos paroissiens. Puis à Lomé et à la montagne d’Agou, pour établir les bases d’un partenariat avec des programmes de formation, et étudier le changement des fenêtres de l’école d’Agou Dzibe.
Ces deux situations me font penser à un message central de l’Évangile qui se trouve dans l’introduction du sermon sur la montagne, connue sous le nom des Béatitudes (Matthieu 5).
Heureux les persécutés… Quand je pense aux conditions des chrétiens pakistanais pour vivre leur foi, je leur tire mon chapeau. Je n’y vais pas pour faire mon mea culpa, ni par bravade (loin de là !). J’y vais pour prier avec eux. Pour leur dire, concrètement, qu’ils ne sont pas seuls.

Heureux les affamés… Toutes les 8 secondes un enfant meurt de faim.
Heureux ceux qui pleurent… Heureux les pauvres… 8 personnes cumulent autant de bien que 4 milliards d’êtres humains. Quand je pense aux conditions de vie de beaucoup de Togolais, je leur tire également mon chapeau. Et pourtant ils chantent, ils prient, ils louent, ils remercient Dieu pour ce qu’ils ont !

Heureux les pauvres… Pour Matthieu, c’est avant tout les pauvres en esprit (la Bible de Jérusalem traduira : ceux qui ont une âme de pauvre). Pas les pauvres d’esprit, les simples d’esprit ! Cette béatitude n’est pas l’éloge de la folie, de la stupidité, ou même de la naïveté. Ce n’est pas non plus de la pauvreté au sens d’indigence, mais une disposition spirituelle, une attitude du cœur. C’est une attitude d’humilité et de patience. Cette humilité naît de la prise de conscience de la fragilité humaine, du besoin des autres, et du besoin de Dieu. Accepter que je ne suis pas tout-puissant. Être pauvre en esprit, ce n’est pas renoncer à toute richesse, c’est de ne pas se tromper de richesse !

Il faut continuellement rappeler que le bonheur n’est pas lié à des choses extérieures mais à un état intérieur. Le sourire des enfants qui vivent dans le plus grand dépotoir du monde au Caire versus le taux de suicide chez les plus riches.
Que cet état intérieur c’est, avant d’entrer dans la période dite du Carême et pour reprendre la thématique des bougies de l’Avent : la joie de se savoir aimé, la paix de se savoir accompagné, l’espérance de se savoir attendu, l’amour de se savoir compris.
Que cet état intérieur mène à l’action et non à la simple contemplation. Ainsi la traduction, par l’hébraïsant Chouraqui, du mot « heureux » par « en marche ». Car ce bonheur n’est pas l’acceptation passive du présent en attendant un royaume futur. Il n’est pas l’opium du peuple, endormant les maux de la société pour maintenir les petits dans l’oppression des puissants. Il n’est pas l’Évangile des faibles et des impuissants. Ce bonheur est actif, il construit un monde meilleur.
Le royaume et ses principes sont pour aujourd’hui !
Mais ceci ne peut pleinement se réaliser qu’avec la présence de Dieu en nous (Ephésiens 3 :20-21, Or à celui qui peut faire par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tous ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles, Amen.), et la présence de Dieu en l’autre (Matthieu 18 :19-20, Si deux ou trois s’accordent pour demander quelque chose en mon nom… car là où deux ou trois sont réunis…).
Merci à ces chrétiens pakistanais et togolais de nous servir d’exemple.
Vous nous êtes précieux.

Pasteur Marc-Henri Vidal

 

SOLIDAIRE…

Le temps des fêtes se prépare, Noël, jour de l’An, voyage, retrouvailles, festins.
C’est ce moment de l’année où tant de souvenirs reviennent à la surface et tant de projets s’élaborent.
Noël, synonyme de chants remplis d’émotion et de francs rires. Réveillons, repas, cadeaux, sapin, crèche, amitié… Toutes ces occasions de se réjouir.
Mais pour d’autres : solitude, tristesse, séparation, distance. Un Parisien vient de faire passer une petite annonce : j’apporte la dinde, la sauce, les légumes, la bûche de Noël, le champagne, si vous m’invitez pour votre réveillon !
Et tout cela sans compter les gestes barrières, la recrudescence de la Covid, et toutes les mises en garde. Même les crèches de Noël (les protestants ne sont pas contre sauf si on se prosterne devant) n’y échappent pas : 

1. Un maximum de 4 bergers seront autorisés dans la crèche. Tous devront porter le masque et respecter la distanciation sociale.

2. Joseph, Marie et l’Enfant Jésus pourront rester ensemble, vu qu’ils font partie d’une même bulle familiale.

3. L’âne et le bœuf devront détenir un certificat de non-contamination, délivré par AESA.

4. Les Rois Mages seront tenus à une quarantaine, qu’ils disposent ou non d’un test Covid négatif, vu qu’ils viennent de pays à risque.

5. La paille, la mousse, les branches de sapin et autres décorations seront désinfectées au gel hydroalcoolique ou par aspersion.

6. L’ange survolant la crèche ne sera pas autorisé, en raison de l’effet aérosol produit par le battement de ses ailes.

7. Le chœur sera restreint à un seul participant, en raison du risque de contamination.

8. Aucun berger ne sera âgé de 65 ans ou plus, catégorie à risque.

9. Tous les participants non essentiels (romains, pêcheurs, …) sont interdits.

10. Pilate expliquera à tous les participants autorisés comment se laver les mains…

En parlant de Covid, vous savez que je l’ai attrapée à la mi-novembre.
C’est Lise qui me l’a transmise. Nous partageons tout depuis 43 ans. Si des symptômes varient selon les personnes, pour moi ce fut comme une grosse grippe, mais une vraie, une solide, une méchante !

Alors merci à tous ceux qui ont fait preuve de sollicitude à notre égard, par un petit mot de réconfort, des conseils médicaux, un plat préparé, des journaux apportés, une prière partagée.
C’est ça aussi l’esprit de Noël.
Noël c’est une année qui se termine. Un autre chapitre du livre de notre vie est complété. Les pages sont remplies de projets commencés, pas toujours terminés. Des joies, des peines, des rêves aussi, y sont inscrits. Une nouvelle année arrive et nous apporte espoir et confiance. Chaque nouvelle journée est une page blanche dans le journal de notre vie. A nous d’en faire la plus belle histoire possible, à nous de remplir ces pages de joie de vivre, de courage, de foi et d’amour.

Alors, mes meilleurs vœux de bonheur. Et comme je le dis souvent à la fin du culte : que le Seigneur vous bénisse abondamment, afin qu’en retour vous soyez vous-même une source de bénédiction pour les autres.

Pasteur Marc-Henri Vidal

 

L’ACCUEIL…

C’est en janvier que l’on essaie de se projeter dans l’avenir, de faire le bilan du passé, de regarder vers demain, de tourner une page et de se souhaiter une bonne année.
J’ai eu l’occasion de participer à la 18e « Nuit de la Parole » à Paris. C’est la troisième fois en cinq ans… Des pasteurs de différentes sensibilités, aux styles variés, hommes et femmes, prêchent tous sur le même thème, le tout agrémenté de pièces musicales et de chants. Une belle soirée. Je vous livre quelques-unes de mes réflexions, faites à ce moment-là, sur l’Église.
L’Église anglicane, après les succès des cours Alpha, il y a plus d’une génération de cela, s’est lancée récemment dans les « fresh expression », une revitalisation de l’Église par diverses initiatives d’accueil.
Il y a 5 ans, une Église réformée à Lausanne a décidé de remplacer les bancs par des sofas et d’aménager l’espace de façon plus conviviale, style discussion de salon.
Dans une autre église en France, il y a une dizaine d’années, de petites tables et chaises avec des livres à colorier ont été ajoutées dans un coin de la salle de culte, pour permettre aux enfants de s’occuper et aux parents d’être plus attentifs.

Il y a 20 ans, une église au Québec, a installé un café-bar dans l’accueil, servant du café avant le culte, pour maintenir l’éveil des participants, et de la bière après le culte…. Depuis, j’ai retrouvé le concept en divers coins de la planète.
Il y a 40 ans, la première Église chrétienne officiellement destinée aux homosexuels, on ne disait pas LGBT à l’époque, (aujourd’hui il faudrait dire LGBTQIA+ZR…) a ouvert ses portes, une Église charismatique, Community Church à Vancouver.
Il y a 50 ans, Robert Schuller de l’Église réformée en Californie ouvre Crystal Cathedral, une église en verre de 5000 places, avec un immense parking où des gens pouvaient suivre le culte dans leur voiture en y accrochant un petit haut-parleur. La première communauté virtuelle venait de naître.
Il y a 60 ans, les églises catholiques essayaient les messes à gogo. Avec orchestre, grosse musique, chant sur écran géant, et sermon interactif (le curé descendant l’allée pour demander aux gens ce qu’ils pensaient) : Vatican 2 poussé à l’extrême. Depuis, les protestants les ont imités et ont lancé leurs propres cultes spectacles avec gros orchestre, chanteurs, chorus mixte, et j’en passe.
Tous ces exemples ont un point en commun, l’accueil. Accueillir une catégorie de la population. Faire en sorte que les gens se sentent accueillis, se sentent bien ! Même si l’on peut avoir des discussions théologiques sur une forme de culte versus une autre, et de préférer un style à un autre, ces différentes manières de vivre l’Évangile n’affectent que très peu le fond du message de la Bonne Nouvelle. Elles en affectent la forme.
Par ailleurs, il est faux de croire que ce qui est nouveau est forcément meilleur et que toute innovation a sa place. Le protestantisme n’est pas une évolution religieuse mais un retour aux sources, aux Écritures, à la Parole de Dieu, et nous devons nous garder de ne jamais nous éloigner de cette source. Oui, il y a des façons nouvelles de faire les choses, mais pour présenter le même message. La forme change, mais le fond reste le même. Dieu s’est révélé dans une diversité de situations culturelles, et nous croyons qu’il continue de parler par les Écritures dans un monde en constant changement et dans des contextes culturels variés.
L’accueil, un petit mot presque magique. A cultiver, en prendre soin, laisser pousser. Un petit mot qui ouvre à l’autre, ne juge pas, ne condamne pas. L’accueil, un mot plein d’avenir, riche de promesses, d’espérance. Un mot qui n’oblige pas.
La pandémie a eu un effet sur la société. Une relativisation des valeurs. L’argent prend du recul au profit de la famille. Une recherche et un désir de valeur. La spiritualité contre le consumérisme. Et c’est dans cette ouverture que le christianisme, par son accueil, peut apporter du sens.

Pasteur Marc-Henri Vidal

 

PAPI GAGA

Nous avons eu la joie l’été dernier, de garder Mathilde et Jonas, nos jumeaux suisses de 4 ans, tout seuls avec nous une dizaine de jours, à Enghien. Ce fut un vrai bonheur. Puis à la fin de l’été, nous sommes allés au Québec faire connaissance, en chair et en os, avec le dernier-né de nos petits-enfants, Billi, 11 mois à l’époque, un autre bonheur.

Beaucoup de gens deviennent complètement « gagas » devant un petit enfant.

De grands intellectuels, professeurs universitaires, se mettent à gazouiller, à parler bébé, en remplissant leurs phrases d’onomatopées. Des papis se mettent à genoux au risque de ne plus pouvoir se relever. Des génies de l’informatique font l’avion ou l’hélicoptère pour encourager un nourrisson à manger. De prestigieux musicologues chanteront la même comptine vingt fois de suite sur trois notes. Des hommes d’affaires, fort sérieux, feront le clown et toutes sortes de grimaces…

On retombe en enfance pour accompagner l’enfance.
Car si l’on retrouve, chez des personnes matures (!), d’éternels adolescents, l’on retrouve également d’éternels enfants, dans le cœur de plus d’un adulte.

Deux passages du Nouveau Testament nous parlent de nourriture pour les petits enfants, l’un, comme exemple positif et l’autre plutôt négatif.

1 Pierre 2 :2 « Comme des enfants nouveau-nés, désirez avec ardeur le lait pur de la parole de Dieu ». Avez-vous déjà vu un nourrisson affamé qui cherche de toutes ses forces le sein de sa mère ? Désirer de tout son cœur, comme un bébé désire de tout son ventre, à la fois le lait maternel et la chaleur affective. El-Shaddaï, ce Dieu tout-puissant, non pas la puissance de la force brute du guerrier, mais celle de la mère nourricière, qui allaite et protège, qui transmet de sa propre puissance de vie à l’enfant (De « shad » en hébreu qui désigne le sein maternel).
Désirer cette relation vivante avec Dieu, par sa Parole, nécessité pour grandir dans la foi. Et ce même bébé, une fois bien nourri, repu, béat de satisfaction.
Se pose alors la question ; avons-nous ce même désir pour Dieu ?
Dans notre société d’abondance, nous ne savons plus ce que c’est que d’avoir faim et soif. Nous avons oublié ce désir primaire de survie. Survie spirituelle, élan vers Dieu. Comme des personnes qui me disent : Dieu oui ! Mais pas trop !

Le deuxième texte, nous fait passer de l’émotion à la raison.
La croissance se poursuit, d’un désir initial nous passons à un engagement vers la maturité. On ne reste pas bébé toute sa vie (du moins, en principe). Le fruit de l’Esprit se développe en nous.
Pourtant c’est un reproche que l’on trouve sous la plume de l’apôtre Paul : 1 Corinthiens 3 : 1-2 « En réalité, frères et sœurs, je n’ai pas pu vous parler comme à des personnes qui ont l’Esprit de Dieu : j’ai dû vous parler comme à des gens de ce monde, comme à des enfants dans la foi chrétienne. C’est du lait que je vous ai donné, non de la nourriture solide, car vous ne l’auriez pas supportée. »
Triste réalité humaine de celui qui refuse de manger ses légumes. Comme l’un de mes petits-enfants devant un plat nouveau : « Je n’en ai jamais mangé, mais je sais que je n’aime pas ça ! ».

Je ne vous dis pas le sermon que je lui ai fait…

En toute amitié
Pasteur Marc-Henri Vidal

 

PETITE ANNONCE

Le 12 septembre dernier, à la fin du culte, j’ai fait une annonce spéciale.
Aujourd’hui est un jour particulier pour plusieurs raisons.
Le dimanche de la rentrée, la visite du président régional de l’EPUdF, Samuel Amedro et mon anniversaire.
Aujourd’hui je débute avec vous ma 66ème année, je sais, quelques-uns d’entre vous sont surpris pensant que je n’avais que 45 ou 50 ans… Il y a quelques années, une paroissienne a déclaré à un président du Conseil presbytéral d’une autre Eglise : «nous avons un jeune et dynamique pasteur». Je tiens à la remercier chaleureusement, je venais alors de célébrer mes 60 ans.

Je débute également ma 10ème année de ministère avec vous.
J’avais mentionné quelques mois après mon arrivée à Enghien avoir l’impression que tout ce que j’avais vécu dans mes ministères précédents, à Montréal, dans le sud-ouest du Québec, à Washington, n’avait fait que me préparer à être pasteur à Enghien.
Ce que je dois vous dire, c’est que cette 10ème année sera la dernière.
Je ne quitte pas parce que les choses vont mal, au contraire, malgré l’étrange année et demie que nous avons traversée. L’atmosphère au sein de notre paroisse et du Conseil est très bonne et l’Eglise est en croissance.
Je ne quitte pas parce que je n’ai plus rien à vous dire, bien que je l’avoue, l’idée me traverse parfois l’esprit.
Je ne quitte pas pour des motifs de santé, même si je dois faire attention et éviter le stress (!)…
Je ne quitte pas parce que j’ai reçu des propositions ailleurs, bien qu’il soit vrai que j’ai effectivement reçu des propositions intéressantes ailleurs.
Je quitte parce qu’il faut bien quitter, un jour ou l’autre. Mes petits-enfants me réclament et comme vous le savez, mes enfants sont éparpillés, en Suisse, au Québec, dans l’extrême nord-ouest canadien. Mon père, sur la côte ouest américaine et dont la santé est précaire, me réclame. Mes beaux-parents vieillissants qui demeurent dans le nord du Québec, nous réclament. La retraite est devant moi, mais comme prédicateur et la santé le permettant, je resterai sûrement disponible.
Certains d’entre vous avez particulièrement apprécié mon ministère. Comme je l’ai déjà dit dans un sermon, c’est comme un bon morceau de gâteau au chocolat, pour ceux qui aiment le chocolat, profitez-en tant qu’il est là et qu’il en reste, car un jour il n’y en aura plus.
Je vous rappelle aussi qu’un pasteur n’est pas nécessaire pour qu’une paroisse fonctionne, il est tout au plus utile, en espérant bien sûr, qu’il ne soit pas inutile.
Mais les choses ne s’arrêtent pas aujourd’hui. Nous avons, tous ensemble, une année d’activités à accomplir, de défis à surmonter, de projets à réaliser. Nous avons, tous ensemble, une année pour fortifier la communauté, pour témoigner de l’Évangile, pour préparer la transition. Nous avons, tous ensemble, une année pour vivre le sacerdoce universel, l’implication de chacun, et si les pasteurs passent nous devons faire en sorte que les paroissiens restent.
Et nous avons encore des repas à partager et des verres de l’amitié pour célébrer.
Fraternellement en Christ,
                                                                                                                                                                                                                                                      Pasteur Marc-Henri Vidal

 

 

PROJET DE LOI CONFORTANT LES PRINCIPES REPUBLICAINS

Le parlement examine actuellement ce projet de loi, destiné à l’origine à lutter contre les séparatismes et notamment le séparatisme islamiste.

Il modifie considérablement la loi du 9 décembre 1905, notamment sur le régime des associations cultuelles. Notre Église est donc directement concernée.

La Fédération protestante de France a alerté les Églises sur les risques que portent certaines dispositions de la loi. Le conseil presbytéral de l’Église protestante d’Enghien et de la vallée de Montmorency a constitué un groupe de travail sur ce sujet et organisera le moment venu une communication pour les paroissiens.

Voici le texte de la lettre adressée à tous les parlementaires du Val d’Oise.

Enghien Les Bains, le 18 janvier 2021,

Nous prenons votre attache en nos qualités de pasteur et de président du conseil de la paroisse protestante d’Enghien et de la Vallée de Montmorency à propos du projet de loi confortant le respect des principes de la République, dont l’examen par l’Assemblée nationale vient de commencer.

Vous le savez, le protestantisme français a été depuis toujours un partisan résolu de la laïcité. Il constitue depuis un siècle la seule confession à se conformer systématiquement aux disciplines de la loi du 9 décembre 1905. Quatre associations cultuelles sur cinq sont protestantes, les autres confessions ou religions ayant retenu le plus souvent d’autres modalités d’organisation.

Nous comprenons les exigences d’une réaction déterminée de l’Etat face aux risques de terrorisme et d’atteinte à l’ordre public liés à certains mouvements religieux extrémistes, et souhaitons ardemment contribuer à apaiser les tensions créées par certains débordements inacceptables qui trahissent les religions. Mais nous manifestons notre vive inquiétude face à certaines dispositions du projet de loi qui pourraient constituer une atteinte à nos traditions nationales de neutralité de l’Etat et de respect de la liberté pour chacun de pratiquer sa religion. Nous estimons que ce projet n’aurait pas de réel impact en termes d’efficacité contre le terrorisme. Au contraire, il peut, dans la période extrêmement troublée que nous traversons, raviver de bien inutiles tensions entre les pouvoirs publics et des pans entiers de la société civile.

L’accumulation des mesures contenues dans le texte pourrait conduire ultimement à une censure, au moins partielle, par le Conseil constitutionnel pour non-respect des principes de la liberté d’association et du libre exercice des cultes, encourageant les suspicions qui se développent actuellement dans notre pays comme à l’étranger sur l’hostilité de l’Etat envers les cultes.

Les associations de la loi de 1901 devront s’engager, par un contrat d’engagement républicain qui constitue un contrat à l’adhésion imposée, à respecter des principes que le projet actuel définit de manière beaucoup trop allusive. Cet engagement les placera également sous la menace d’une application autoritaire du concept de «sauvegarde de l’ordre public», alors que l’article 11 de la convention européenne des droits de l’homme demande une «atteinte à la sûreté publique» pour limiter la liberté religieuse. La lutte contre le terrorisme ne saurait par exemple mettre en cause une tradition d’hospitalité que nos Eglises défendront et appliqueront toujours.

Alors que le but initial du projet de loi était de rendre attractive l’association cultuelle, pour notamment inciter l’islam français à choisir ce cadre législatif, ce projet pourrait inciter nombre d’associations à renoncer à un tel statut, malgré les dispositions de l’article 30 du projet de loi qui nous apparaissent insuffisantes pour être efficaces.

Au lieu de veiller à l’égalité de traitement de toutes les associations ayant pour objet de pratiquer un culte, le projet renforce les procédures et les astreintes, sans se poser réellement la question de la capacité de l’administration locale à mettre en œuvre un partenariat adapté à cette situation. Il nous semble que le projet cède une nouvelle fois à la tentation de la régulation administrative par l’accumulation des procédures et des normes, alors que le Président de la République a indiqué à tous les cultes vouloir privilégier le dynamisme d’une société de confiance moderne. Les associations cultuelles se verraient imposer avec l’article 26 une immixtion régulière dans leur liberté d’organisation, avec l’article 27 le recours complexifié à des procédures qui ont fait la preuve par le passé de leur lourdeur et de leur inefficacité, et avec les articles 33, 35 et 36 un contrôle financier qui nous paraît disproportionné au regard des effets escomptés.

La Fédération Protestante de France, qui bénéficie en la matière d’une expérience irremplaçable pour les raisons évoquées ci-dessus, a préparé quelques suggestions d’amendements que nous soutenons ardemment et que nous vous transmettons ci-joint. Elles ont été directement transmises à votre groupe parlementaire.

Nous souhaitions vous faire part de ces inquiétudes et serions heureux de vous rencontrer pour échanger avec vous sur ce projet de loi dont l’impact politique est majeur. Nous nous plaçons à votre disposition pour répondre aux questions que vous vous posez sur ce sujet très sensible.

Marc Henri Vidal,                                                                                                                                                                                                         Alain Joubert,
Pasteur                                                                                                                                                                                                                           Président du Conseil Presbytéral

———————————————————-

PAIN QUOTIDIEN

Il existe plusieurs livrets, avec de courtes réflexions, pour encourager la lecture biblique au quotidien : Parole pour tous, La bonne semence, Partage… L’EPUdF (Eglise protestante unie de France) et l’UEPAL (Union des Eglises protestante d’Alsace et de Lorraine) ont le leur : Pain Quotidien, pour lequel j’écris des commentaires depuis plusieurs années.

Je dois reconnaître qu’il y a des passages bibliques qui nous parlent et d’autres moins. Certains sont faciles, trop faciles, il faut alors se creuser la tête pour dire quelque chose qui « touche ». D’autres sont difficiles, compliqués, il faut alors se creuser la tête pour dégager une leçon spirituelle qui fasse sens. J’ai l’habitude de dire dans les cours de formation à la prédication, que j’encadre au niveau régional, que le défi du prédicateur est d’éclaircir les textes obscurs sans obscurcir les textes clairs.

Vous qui me connaissez, savez bien que j’utilise souvent le conte et l’anecdote pour introduire ou illustrer mes sermons, et qu’il m’arrive de relire des passages bibliques en me mettant dans la peau des personnages.

Dans l’édition 2022 de Pain Quotidien, j’ai, entre autres, réfléchi sur le passage de Luc 14, 25 – 33. Je me suis arrêté sur le verset 33 : « Ainsi donc aucun de vous, à moins de renoncer à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. » Je vous propose ma méditation sur le renoncer à tout :

Qu’est-ce que tu as dans tes poches ? Des clefs de voiture ? Donne-les moi, ce sera un atout pour toi, quand tu es derrière le volant et que tu te transformes en monstre d’égoïsme. Tu as aussi des clefs de maison. Tu me les remets. Un peu moins d’orgueil et tu t’attaches trop aux biens de la terre. Qu’est-ce que tu as au doigt ? Une bague de mariage ! Tu me cèdes ta femme. Oui, tu as bien compris. D’ailleurs, de la façon dont tu la traites ces derniers temps, elle sera mieux en ma compagnie. Dans ton veston ? Un portefeuille, avec de l’argent dedans ! Tu sais quoi en faire ? Allez, hop, on liquide. Renonce à tout ! Tu as également des photos des enfants. Ça aussi, c’est pour moi. Ne me dis pas que tu avais déjà planifié leur avenir, c’est raté. Tu te sens plus léger ? C’est bien.

Maintenant je vais faire quelque chose. Tout ce que tu m’as remis, je te le redonne. Mais attention. Tu n’en es plus le propriétaire, d’ailleurs tu ne l’as jamais vraiment été. Tu seras intendant et attention à la façon dont tu gères ce qui m’appartient. Alors qu’est-ce que tu en penses ?

Résonne alors ce vieux chant :

Entre tes mains j’abandonne Tout ce que j’appelle mien.

Oh ! ne permets à personne, Seigneur, d’en reprendre rien !

Oui, prends tout, Seigneur ! Oui, prends tout, Seigneur !

Entre tes mains j’abandonne Tout avec bonheur.

En ce début d’année d’activités, deux encouragements. L’un pour la lecture de la Bible, sa méditation, cette nourriture essentielle à nos vies spirituelles. L’autre pour le renoncement, la mise de côté de nos égoïsmes et de nos orgueils, intendant oui, mais avec un propriétaire qui nous passe un sacré coup de main.

Amicalement en Christ,

Pasteur Marc-Henri Vidal

———————————————————-

QUI A DIT QUE L’HABIT NE FAIT PAS LE MOINE

Il faut reconnaître que si cet adage comporte une certaine vérité, l’habit contribue tout de même à une identité.

Je rappelle que la robe pastorale que je porte, avec les deux rabats (ancienne alliance – nouvelle alliance ? Premier testament – second testament ? Les deux tables de la loi ?), n’est pas la robe d’un prêtre. Les avocats, les juges, les professeurs dans les grandes écoles anglaises (comme à Poudlard, voir Harry Potter) et des élèves qui défilent au moment de la collation des grades dans les milieux anglosaxons, tous en portent une. C’est la robe de l’enseignant. Au XVI° siècle, lorsque les réformateurs ont balayé les costumes liturgiques d’un revers de la main, au nom du sacerdoce universel, ils se sont dit qu’ils étaient des enseignants de la Parole de Dieu. De même que les avocats et les juges qui enseignent la loi des hommes, les professeurs la sagesse humaine, les étudiants qui terminent une étape de leur scolarité, tous témoignent ainsi d’une prise de responsabilité face à l’enseignement reçu.

Je souris en pensant que, pasteur à Montréal, je ne portais la robe qu’un dimanche sur trois. Dimanche de communion, de fête, d’acte pastoral ou simplement pour impressionner quelqu’un. Pasteur à Washington, c’est deux fois sur trois que je la mettais. Il y avait davantage de personnes à impressionner. Avant d’arriver à Enghien, on m’a avisé que c’était une paroisse assez traditionnelle et que l’on aimait bien que le pasteur porte la robe. J’ai compris le message. Une prochaine paroisse et je dormirai peut-être avec elle. Toutefois, je ne la porte pas pour les cultes du samedi. C’est mon côté rebelle.

Certaines églises y tiennent plus que d’autres. Dans l’ensemble du protestantisme, moins de 40% des pasteurs en ont une.

En remplacement pastoral d’été dans une église d’une petite ville touristique, j’ai demandé au président du conseil presbytéral quelle était la pratique du lieu. Je ne voulais offusquer personne. Complet, cravate, chemise manche courte, t-shirt, polo, bermuda, qui sait ? (lorsque je suis devenu chrétien, sur la côte ouest américaine dans les années 70, les pasteurs prêchaient pieds nus). Le président m’a répondu que je pouvais porter n’importe quoi, après tout c’était l’été et il faisait chaud, en dessous de la robe pastorale.

Nous venons d’avoir notre culte et fête de la fraternelle diversité. Pour l’occasion j’ai mis mon grand boubou, un trois morceaux, de cérémonie, tchadien, magnifique (du moins c’est moi qui le pense). La première fois que je l’ai porté pour un culte, c’était au Québec. Après la cérémonie un paroissien vient me voir et me dit qu’il pensait que c’était un nouveau costume liturgique avant que je ne précise que c’était un costume africain traditionnel. Je ne le fais pas pour jouer à l’Africain. Pour moi c’est un plaisir de pouvoir le faire et de me mêler à cette foule aux couleurs bariolées. A cette occasion, je parlais de la richesse de la diversité, de la beauté des différences, du plaisir de la variété.

Lorsque le prophète Samuel a choisi dans la famille d’Isaï, sous la direction divine, un remplaçant pour le roi Saül, il a vu des jeunes hommes grands, forts, mais ce n’était pas le choix de Dieu et cette phrase jaillit du texte : « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 :7). Si nous pouvons nous réjouir qu’au-delà de nos apparences, de notre extérieur, Dieu est le seul qui connaît le fond des cœurs, nous ne pouvons oublier, qu’on le veuille ou non, que l’humain regarde en premier à ce qui frappe les yeux.

C’est l’été. Tenue légère, short, débardeur, un petit vent de liberté flotte dans l’air. Profitons-en. Remplissons nos yeux et préservons nos cœurs.

Bon été à tous.

Pasteur Marc-Henri Vidal

————————————————————–

LAPSUS ET COQUILLE

Que ce soit en parlant ou en écrivant, il nous est probablement arrivé à tous de faire des erreurs. Les journaux ont beau avoir les meilleurs correcteurs, des coquilles s’y glissent régulièrement. Notre journal n’y fait pas exception.

On raconte que Victor Hugo laissait volontairement certaines coquilles lorsqu’il corrigeait les épreuves reçues de l’imprimeur, avant l’impression finale. Il raconta : « Un jour, dans une phrase, j’avais écrit « aimer ». L’ouvrier typographe mit « aider ». J’acceptai cette faute d’impression. Aimons-nous et aidons-nous. Tous ont besoin de tous. » Une petite lettre pour une belle complémentarité.

Reconnaissons que cette leçon de vie est très biblique. L’apôtre Jean de dire « N’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. » (1 Jean 3 :18)

Les lapsus, cette utilisation involontaire d’un mot pour un autre, sont parfois drôles, parfois gênants. En voici quelques illustrations recueillies par diverses personnes lors de sermons.

– Ésaü vendit son droit d’ânesse pour un plat de lentilles… (aînesse)

– Jésus est le missile que les juifs attendent depuis des millénaires. (Messie, erreur d’une actualité brûlante)

– Mes frères, ne soyons pas comme ces parisiens, euh ! pardon, comme ces pharisiens…

– Dieu était contre cette guerre, qui avait coûté la vie à des milliers de morts…

– Le plus célèbre lapsus du monde protestant a été fait en faculté de théologie par un professeur d’histoire du protestantisme, rendant hommage aux deux principaux fondateurs de la Réforme : Luther et

Calvin, lesquels par un lapsus malheureux, mais désormais célèbre, devinrent : « Lutin et Calvaire… ».

– Lors d’un culte à Brest, le pasteur M.G., récitant de mémoire l’institution de la Sainte-Cène, dit : « Après avoir coupé, Jésus prit la soupe » (au lieu de « Après avoir soupé, Jésus prit la coupe »). Dans le sérieux de l’assemblée, si une seule personne s’était mise à rire, tout le monde aurait éclaté…

Sur un autre registre, cela me rappelle ce pain maison sans levain, qui pour faire authentique a été concocté par un ami pasteur pour célébrer la Cène et qui fut impossible à couper et à mâcher (le pain pas le pasteur, que l’on aurait bien coupé en morceaux), ou encore cette tresse briochée, mi-chemin entre le challah juif et le zöpf suisse, qui s’est défaite en s’étirant en de longs rubans pâteux, au moment où sérieusement je prononçais ces paroles : « ceci est mon corps rompu pour la multitude » en essayant tant bien que mal de rompre ce pain. Fou rire dans l’assistance et moi-même j’ai eu du mal à retrouver mon sérieux. Qui dit que les protestants doivent être austères ?

Si la communion est un moment solennel, je me plais à souligner que le terme grec eucharistie utilisé dans le milieu catholique, signifie action de grâce, remerciement, rendre grâce, et que le préfixe ‘eu’ en grec, en est un de joie. C’est un merci joyeux !

En parlant de joie, nous avons eu le plaisir d’entendre les témoignages de plusieurs jeunes qui ont fait leur profession de foi, soit par le baptême soit par la confirmation. La joie d’un super culte de Pentecôte, la joie de l’interview de Stinjo, la joie du processus de déconfinement qui nous ramènera pas à pas, à un renouveau.

Et comme Luc 15 :7 le dit « Il y a plus de joie dans le Ciel, pour un juste qui se repent que pour 99 pécheurs qui n’ont pas besoin de repentance ». A moins que ce ne soit l’inverse…

Pasteur Marc-Henri Vidal

——————————————-

ZOOM

Au moment d’écrire ces lignes, les théâtres sont encore vides, les cinémas toujours fermés. Les joutes sportives se tiennent à huit-clos, les restaurants sont en mode livraison, les musées désertés, les centres commerciaux condamnés. Mais on peut se balader, en nombre restreint et pas très loin. La planète tourne au ralenti. On souriait il y a un an, on grimace aujourd’hui. Une certaine lassitude fait surface. On manque de contacts humains.

Un dimanche au culte, au moment des annonces, je mentionnais que nous aurions notre étude biblique, Cap sur la Bible, en Zoom. Que je participais à une formation régionale à la prédication, en Zoom. Que la pastorale du Consistoire se tiendra, en Zoom. Et l’assemblée générale du CPCV également, en Zoom. Le Bureau se réunira, en Zoom, pour préparer la réunion du conseil presbytéral qui aura lieu, en Zoom. La rencontre œcuménique des Mercredis de la Bible sera en Zoom. Et l’AG de l’association 4X1, en Zoom. Une rencontre spéciale du conseil d’administration de l’entraide est planifiée, en Zoom. Et la réunion de prière du groupe des jeunes, en Zoom. Toutefois, le groupe de prière de la paroisse du samedi matin, se déroulera en présentiel au temple ! On manque de chaleur humaine.

Ce qui est pratique avec le Zoom, c’est que l’on ne voit que le haut de la personne, et encore, lorsque la caméra est allumée. Ainsi, pantalon de pyjama pour le bas et tenue plus habillée pour le haut peuvent faire la paire. Il paraît qu’un style pilou-pilou s’est également développé pour les ‘zoomistes’ et les télétravailleurs. D’une fête nocturne célébrée par les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, le pilou-pilou en est venu à désigner un tissu de coton, pelucheux, chaud, en vêtements extra-larges, confortables, style doudou pour adulte, que l’on portait en général le soir au coin du feu (virtuel ou réel). Aujourd’hui on le retrouve dans la garde-robe à côté des tailleurs et complets-cravate remisés. On compense comme on peut le manque de chaleur humaine.

A Pâques, le temple était plein, dans les limites prescrites. La salle Sarrazin et la pouponnière également. Nous avons presque retrouvé l’atmosphère des cultes d’hier, avec de l’effervescence, de la joie, plusieurs spéciaux, des chants d’animation par une chorale en partie reconstituée. Cela nous a fait du bien. Un peu de chaleur humaine.

Pâques c’est le printemps. La vie renaît.

C’est l’un des grands thèmes de la Bible. Retrouver la chaleur divine pour renouer avec une véritable chaleur humaine. C’est l’un des buts de la communauté chrétienne, de l’Église, à la fois la proximité d’une famille et la juste distance du respect de l’autre. C’est ce que l’apôtre Pierre dira (1 Pierre 4 :10) « Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu. » L’égoïsme spirituel étant de vouloir garder pour soi notre relation avec Dieu, et l’orgueil spirituel étant de s’imaginer ne pas avoir besoin des autres pour nourrir cette relation avec Dieu.

Et comme il m’arrive parfois de dire à la fin du culte : continuons de grandir dans la foi, le regard tourné vers Dieu, dans l’espérance, le regard tourné vers l’autre et par-dessus tout dans l’amour. Cet amour véritable englobe, et la foi, car l’amour croit tout, et l’espérance, car l’amour espère tout.

Pasteur Marc-Henri Vidal

—————-

SALUTATIONS

Nous sommes loin de faire la révérence comme au siècle dernier ou encore de « tirer son chapeau », les hommes n’en portant presque plus ; nous avons toutefois, en cette période covidienne, développé de nouveaux modes de salutations.

Un petit coup de pied, mais léger et bien placé, contre le pied de l’autre, mais certains trouvent cela vulgaire et un peu brutal. Un coup de coude, problématique puisqu’on encourage à tousser ou éternuer dans son coude. Un coup de poing, pour les ados, provocateur car il faut éviter le contact avec les mains.

Il y a l’inclinaison de la tête, simple, facile, efficace, mais pas très chaleureux, sauf si on fait un large sourire, difficile à discerner sous le masque, c’est peut-être une grimace, et on peut même tirer la langue sans se faire remarquer avec les masques FFP2. Il y a les mains jointes, comme en prière, cela fait zen, utilisées surtout par les ‘bobobos’, bourgeois-bohème-un peu bouddhiste. Il paraît que, dans les traditions asiatiques, la hauteur des mains traduit le niveau de considération envers l’autre. Plexus solaire c’est l’égalité, poitrine, supériorité de l’autre et plus on monte vers le visage plus c’est divin. On peut également se serrer la main à soi-même, une touche égoïste.

La main sur le cœur, généralement la droite et tant pis pour les gauchers. Cela me rappelle une petite histoire grivoise, Napoléon qui revenant victorieux d’une bataille est accueilli par vingt jeunes filles la main sur le cœur. Son intendant de lui dire : c’est parce que vous êtes vingt-cœurs, et lui de répondre : qu’est-ce que cela aurait été si j’avais été vingt-culs.

Et si avoir le cœur sur la main est signe de générosité, j’aime bien les deux mains sur le cœur, on se donne à l’autre, un peu risqué il est vrai.

Dans le nouveau-testament la gestuelle que je préfère, mentionnée à quatre reprises, est : « saluez-vous les uns les autres par un saint baiser ». La Bible ne précise pas si c’est un chaste bec du bout des lèvres sur une seule joue ou deux baisers qui claquent accompagnés d’une solide accolade, ou trois, comme en Suisse, du moins dans les cantons francophones, et même quatre, dans certains cercles parisiens. Quoi qu’il en soit, c’est interdit en ces temps de pandémie, même avec les grands-parents.

Mais ce qui différencie deux animaux qui se reniflent d’avec deux humains qui se rencontrent, c’est la parole qui accompagne le geste. Non pas un grognement, bien que, mais un concept, une idée, une formule. Et celle que l’on retrouve dans toutes les lettres de l’apôtre Paul c’est : « Que la grâce et la paix vous soient données… ».

Bien plus qu’une simple formule de politesse. La grâce, cet amour inconditionnel de la part de Dieu, source de notre salut. La grâce, celle qui brise l’action du mal dans notre existence. La grâce, celle qui te permet de dire merci à la vie. Et la paix, non pas l’absence de problème mais l’assurance de la présence de Dieu au travers de nos difficultés. La paix, une des facettes du fruit de l’Esprit. La paix, le résultat d’une communion avec Dieu. Dans un monde troublé, il est important de revenir aux pieds de celui qui seul peut nous donner la paix. C’est le Dieu du quotidien que nous servons, celui qui pleure de nos pleurs et qui rit de nos rires.

Nous sommes en route vers Pâques. Nos frères et sœurs orthodoxes utilisent une formule, toute spéciale pour ce jour-là. En se saluant, l’un de dire : Le Seigneur est ressuscité ! Et l’autre de répondre : Oui ! Il est vraiment ressuscité !

Dans ce chemin de Pâques, puisons nos forces, prosternés à l’ombre de la croix, pour mieux vivre debout, la tête haute dans la lumière de la résurrection.

Pasteur Marc-Henri Vidal

—————-

PREPARATION DE LA SEMAINE SAINTE

  1. Éditorial du pasteur
  2. Pâques chez les protestants
  3. Petite histoire de la Pâque au temps de Jésus
  4. Le lavement des pieds
  5. Le repas de la Pâque revisité

1. Éditorial du pasteur

Mais quel est donc ce virus ?

Qui fait que des pères jouent avec leurs enfants, que des familles se retrouvent autour de la table, que l’on découvre ses voisins, que des jeunes aident des plus âgés, que l’on réorganise nos priorités, que l’on chante sur son balcon, que l’on applaudisse à 20h…

Michel Sardou chantait, il y a près de 50 ans : «Elle court, elle court, la maladie d’amour.»

En ce temps de Pâques, nous nous rappelons cet amour de Dieu pour l’humanité, ce Père qui rit et qui pleure avec ses enfants, qui partage notre quotidien, et qui veut chanter sur nos balcons.

Offrons-lui le merci de nos cœurs tout en étant empli de compassion pour ceux qui souffrent.

2. Pâques chez les protestants

    PÂQUES, c’est entendu, constitue la principale fête, le symbole même du christianisme. Mais même chez les paroissiens confirmés, l’origine et la signification de cette fête posent souvent question.

Un résumé pour aborder les fêtes de Pâques.

2.1) UNE FÊTE JUIVE PUIS UNE FÊTE CHRÉTIENNE

La Pâque est à l’origine une fête juive, commémorant un épisode sanglant de l’Exode, où le sacrifice de l’agneau par les familles juives en déportation avait permis de sauver les nouveaux nés juifs de la dernière des dix plaies d’Égypte imposées par l’Éternel au pharaon et aux Égyptiens. La Pâque juive commémore donc la libération du peuple d’Israël, mais aussi la fête agricole des Azymes (d’où son autre nom de fête des pains sans levain).

La fête chrétienne de Pâques regroupe, de manière indissociable, les évènements de la Cène, de la Passion et de la Résurrection qui, d’après les évangiles, ont eu lieu lors de la célébration de la Pâque juive. La date mobile de cette fête chrétienne a été fixée en 325 par le concile de Nicée. Elle se tient le premier dimanche qui suit la pleine lune après l’équinoxe du printemps. Donc elle peut avoir lieu entre le 22 Mars et le 25 Avril. C’est une fête de printemps, car les jours deviennent plus longs que les nuits dans l’hémisphère nord.

La Bible ne parle que de la Pâque. Jusqu’au XVIème siècle, le singulier et le pluriel se sont employés indifféremment. Bien qu’il n’y ait pas de règle impérative ou incontestée dans ce domaine, le singulier  désigne désormais en France  la  fête juive et le pluriel la fête chrétienne. En Italie, la fête chrétienne de Pâques (Pasqua) se décline au singulier. Dans les pays anglo-saxons, on distingue bien Passover (la Pâque) et Easter (Pâques)…

2.2) LE JEUDI SAINT

Lors de son dernier repas, Jésus fête la Pâque juive avec ses douze apôtres en partageant avec eux le pain (qui devient symbole de son corps, celui du Christ) et le vin (qui devient symbole de son sang, celui du Christ). Ce moment institue le sacrement de la cène, qui signifie repas. La cène est avec le baptême un des deux sacrements du protestantisme

2.3) LE VENDREDI SAINT

Condamné à mort par Ponce Pilate, Jésus est contraint de porter sa croix jusqu’au sommet de la colline du Golgotha où il subit le châtiment horrible et alors infâmant de la crucifixion.

Ce sacrifice (où Jésus remplace l’agneau pascal) témoigne de l’amour immense que Dieu porte aux humains puisqu’il se sacrifie pour eux …

2.4) LE DIMANCHE DE PAQUES

Le troisième jour après sa mort, le tombeau de Jésus est retrouvé vide. Jésus apparaît à ses disciples. La résurrection de Jésus constitue l’axe central de la foi chrétienne, la victoire de la vie sur la mort, et l’espérance de la vie éternelle offerte à tous par la grâce de Dieu. Elle apporte la joie et l’espérance, car la résurrection du Christ annonce la libération du mal et de la mort et l’entrée dans la vie donnée par Dieu. «Vous êtes ressuscités avec le Christ» écrit l’Apôtre Paul aux habitants de Colosse, et à chacun de nous.

2.5) LES IMAGES DES CLOCHES, DES LAPINS ET DES ŒUFS

L’œuf, témoin de la vie qui se manifeste, symbolise la fin des privations du carême, car il était longtemps interdit d’en consommer pendant toute cette période. Les lièvres et les lapins apportent traditionnellement les œufs dans les pays protestants. Pour les catholiques, ce sont les cloches venues de Rome, muettes depuis le jeudi saint, qui ont cette mission.

3. Petit historique de la Pâque au temps de Jésus

Les exégètes nous rappellent que les cinq livres du Pentateuque rassemblent des textes d’époques et de courants théologiques différents. C’est vrai pour les trois codes de lois concernant la Pâque :

  • le code de l’Alliance (Exode 21 et suivants),
  • le code de sainteté (Lv 17-26),
  • le code deutéronomique (Dt,12-26).

Dans Exode, on trouve les lois les plus anciennes, remontant parfois au 7e siècle. Dans le Deutéronome, on discerne beaucoup de lois d’avant et pendant l’Exil (587 et après). Beaucoup dans Lévitique sont anciennes mais ont été mises par écrit au retour de l’Exil. Malgré leur disparité, toutes ces lois sont reçues comme « paroles de Dieu ».

Ce qui explique que pour la fête de la Pâque – qui chaque année commémore la 1e libération d’Israël, la sortie d’Égypte (Ex 12-13) – le rituel combine 2 rites distincts célébrés au début du printemps, le rite de l’agneau pascal (venant des bergers juste avant de partir en transhumance) et celui des pains azymes, venant plutôt des agriculteurs de Canaan. Mais peu à peu, la réforme de Josias va uniformiser le calendrier et s’affranchir des rites agraires. La Pâque, primitivement fête familiale, devient une fête de pèlerinage célébrée dans le Temple de Jérusalem et couplée avec celle des Azymes, comme en témoigne le Papyrus pascal daté de 419.

Qu’en est-il au temps de Jésus ? Ne comptons pas sur les évangiles pour un compte-rendu historique. Mais par d’autres sources, le Seder est connu comme se déroulant selon une liturgie précise :

1° des hors d’œuvre sont servis dans une pièce séparée et une coupe de bénédiction est distribuée.

2° dans la salle principale le repas est servi. Un enfant interroge le père de famille. On chante des psaumes et on passe la 2e coupe.

Ensuite vient la bénédiction du pain distribué par le père. Alors seulement on mange l’agneau pascal, le pain, les herbes amères et on passe une 3e coupe, avant les chants de la fin et le partage d’une dernière coupe.

Jésus va subtilement transformer ce rituel. C’est ce que nous découvrirons cette semaine…

4. Le lavement des pieds (Jn 13, 1-17)

Si se laver soigneusement les mains par ce temps de confinement est un petit geste d’amour, pour les autres et pour soi, le lavement des pieds pratiqué par Jésus à la veille de sa mort est le témoignage d’un amour d’une autre dimension, à une autre échelle, « jusqu’au bout ».

Jésus est arrivé six jours avant la Pâque dans la région de Jérusalem. A la veille du sabbat qui marque le début de la fête, il prend son dernier repas avec les douze, « sachant que l’heure était venue pour lui…» (Jn 13-1). Il leur laisse en testament un commandement d’amour :

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Et il leur donne un exemple de cet amour infini par un acte, sur le lieu même où les synoptiques racontent comment l’eucharistie a été instituée. Car l’amour au sens où Jésus l’entend n’est pas un sentiment mais un acte, un signe qu’il va poser en se faisant, paradoxe suprême, serviteur.

Par ce signe, il confirme ce qu’il n’a cessé de leur répéter : tout se déroule selon les Écritures comme le prophète Esaïe l’a écrit dans un texte connu de tous sur « le serviteur souffrant » (Es 53,1-12). Tout ce qui va se passer est la volonté de Dieu, acceptée par son Fils. Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris…Il offre le salut gratuitement à tous, les fidèles et les autres, même à Judas qui fait toujours partie des douze au moment où Jésus s’accroupit pour leur laver les pieds. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale, mais d’un acte de révélation, vital.

Souvent nous ne pensons à nos pieds que quand ils nous font mal; là on se rend compte de leur rôle essentiel. C’est encore plus vrai au temps du Christ où les déplacements se font à pieds. Seuls les riches peuvent s’offrir une litière, un cheval ou même un âne. Jésus marche, les disciples marchent, et on se déchausse avant d’entrer dans les maisons. D’où la valeur du bain de pieds, de l’eau fraiche sur des pieds fourbus. Mais en général, les gens lavent leurs propres pieds, sauf à avoir des esclaves pour accomplir cette basse besogne en signe de respect pour des invités. D’où le sentiment d’horreur ressenti par Pierre à la vue de Jésus, pratiquement nu, agenouillé devant eux. Il ne peut pas comprendre cette offrande de son maître qui s’est dépouillé de tout! Mais quand Jésus lui dit : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi (Jn 13, 8) et lui redit que son chemin passe par le service du prochain, alors, toujours excessif, Pierre voudrait un bain complet et pas seulement des pieds !

Le texte de Jean est un peu elliptique. L’idée du baptême, le bain complet (celui qui s’est baigné) qui nous fait passer de l’autre côté, et n’a donc pas besoin d’être renouvelé, est sous-jacente. Mais l’acte de Jésus est tellement radical que sur le moment les disciples ne peuvent pas en comprendre le sens profond. Il essaie bien de leur expliquer qu’eux-aussi devront faire la même chose, se laver les pieds les uns aux autres (Jn 13,14-15) mais c’est trop difficile. Pas plus qu’ils n’avaient compris quelques jours plus tôt le geste de Marie à Béthanie (Jn 12, 3-4) : elle lui avait versé un parfum coûteux sur les pieds et les avait essuyés avec ses cheveux !!! Jésus seul avait vu son offrande comme une marque de pure adoration et attribué à son geste une valeur prophétique, en lien avec l’embaumement de son corps après son supplice sur la croix.

Il faudra que l’Esprit Saint agisse, sur eux comme sur nous, pour actualiser les paroles de Jésus, nous les faire comprendre un peu mieux et nous donner la force d’agir comme il nous l’a commandé, au service des autres, pour l’amour de Celui qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3, 16-17).

Amen.

5. Le repas de la Pâque revisité

Placé tout entier sous l’écho des chants du serviteur souffrant d’Esaïe 53, le récit de l’institution eucharistique que nous trouvons par exemple chez Matthieu (26,v.26-30) montre comme Jésus réinterprète subtilement les rites juifs habituels.

Le dernier repas qu’il célèbre avec les douze est orienté vers la mort, la sienne, sans évoquer la libération d’Égypte. Ses paroles visent à expliquer le sens de cette mort librement consentie, en 3 moments : une parole et une action sur le pain (v.26), une action et une parole sur la coupe (v.27-28) et une promesse eschatologique (v.29) concernant la fin des temps et non le seul passé d’Israël.

Avec « ceci est mon corps », Jésus – même disparu – sera désormais présent par la communion au pain partagé. Ce pain là n’est pas la manne « celui qu’ont mangé nos pères. Et ils sont morts » (Jn 6, 54-58), c’est le pain de Dieu, le pain de vie.

Même chose pour l’action sur le vin. Alors que le sang des agneaux de l’Exode scellait l’alliance entre Dieu et son peuple, ici le «sang répandu pour beaucoup » fait exploser les frontières nationales. Rattachement à une tradition, mais amplification de celle-ci. Rituel assumé comme un vécu personnel : il ne s’agit plus du sang d’animaux. Par la vie d’un humain historique, Jésus de Nazareth, « agneau de Dieu », Dieu inscrit sa volonté de pardon et d’amour pour l’humanité.

Puis vient la promesse, « désormais… » l’attente du banquet céleste où Jésus goûtera avec eux, avec nous, le vin nouveau du Royaume (v.29). Jésus signe et signera désormais sa présence dans le morceau de pain et la gorgée de vin que nous partageons. Le rituel juif est devenu chrétien, et la fête célébrée est celle du Messie, celle de la libération, du passage de la mort à la vie pour ceux qui partagent la cène avec lui.

« Voici : je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap3,20)