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PETITE ANNONCE

Le 12 septembre dernier, à la fin du culte, j’ai fait une annonce spéciale.
Aujourd’hui est un jour particulier pour plusieurs raisons.
Le dimanche de la rentrée, la visite du président régional de l’EPUdF, Samuel Amedro et mon anniversaire.
Aujourd’hui je débute avec vous ma 66ème année, je sais, quelques-uns d’entre vous sont surpris pensant que je n’avais que 45 ou 50 ans… Il y a quelques années, une paroissienne a déclaré à un président du Conseil presbytéral d’une autre Eglise : «nous avons un jeune et dynamique pasteur». Je tiens à la remercier chaleureusement, je venais alors de célébrer mes 60 ans.

Je débute également ma 10ème année de ministère avec vous.
J’avais mentionné quelques mois après mon arrivée à Enghien avoir l’impression que tout ce que j’avais vécu dans mes ministères précédents, à Montréal, dans le sud-ouest du Québec, à Washington, n’avait fait que me préparer à être pasteur à Enghien.
Ce que je dois vous dire, c’est que cette 10ème année sera la dernière.
Je ne quitte pas parce que les choses vont mal, au contraire, malgré l’étrange année et demie que nous avons traversée. L’atmosphère au sein de notre paroisse et du Conseil est très bonne et l’Eglise est en croissance.
Je ne quitte pas parce que je n’ai plus rien à vous dire, bien que je l’avoue, l’idée me traverse parfois l’esprit.
Je ne quitte pas pour des motifs de santé, même si je dois faire attention et éviter le stress (!)…
Je ne quitte pas parce que j’ai reçu des propositions ailleurs, bien qu’il soit vrai que j’ai effectivement reçu des propositions intéressantes ailleurs.
Je quitte parce qu’il faut bien quitter, un jour ou l’autre. Mes petits-enfants me réclament et comme vous le savez, mes enfants sont éparpillés, en Suisse, au Québec, dans l’extrême nord-ouest canadien. Mon père, sur la côte ouest américaine et dont la santé est précaire, me réclame. Mes beaux-parents vieillissants qui demeurent dans le nord du Québec, nous réclament. La retraite est devant moi, mais comme prédicateur et la santé le permettant, je resterai sûrement disponible.
Certains d’entre vous avez particulièrement apprécié mon ministère. Comme je l’ai déjà dit dans un sermon, c’est comme un bon morceau de gâteau au chocolat, pour ceux qui aiment le chocolat, profitez-en tant qu’il est là et qu’il en reste, car un jour il n’y en aura plus.
Je vous rappelle aussi qu’un pasteur n’est pas nécessaire pour qu’une paroisse fonctionne, il est tout au plus utile, en espérant bien sûr, qu’il ne soit pas inutile.
Mais les choses ne s’arrêtent pas aujourd’hui. Nous avons, tous ensemble, une année d’activités à accomplir, de défis à surmonter, de projets à réaliser. Nous avons, tous ensemble, une année pour fortifier la communauté, pour témoigner de l’Évangile, pour préparer la transition. Nous avons, tous ensemble, une année pour vivre le sacerdoce universel, l’implication de chacun, et si les pasteurs passent nous devons faire en sorte que les paroissiens restent.
Et nous avons encore des repas à partager et des verres de l’amitié pour célébrer.
Fraternellement en Christ,
                                                                                                                                                                                                                                                      Pasteur Marc-Henri Vidal

 

 

PROJET DE LOI CONFORTANT LES PRINCIPES REPUBLICAINS

Le parlement examine actuellement ce projet de loi, destiné à l’origine à lutter contre les séparatismes et notamment le séparatisme islamiste.

Il modifie considérablement la loi du 9 décembre 1905, notamment sur le régime des associations cultuelles. Notre Église est donc directement concernée.

La Fédération protestante de France a alerté les Églises sur les risques que portent certaines dispositions de la loi. Le conseil presbytéral de l’Église protestante d’Enghien et de la vallée de Montmorency a constitué un groupe de travail sur ce sujet et organisera le moment venu une communication pour les paroissiens.

Voici le texte de la lettre adressée à tous les parlementaires du Val d’Oise.

Enghien Les Bains, le 18 janvier 2021,

Nous prenons votre attache en nos qualités de pasteur et de président du conseil de la paroisse protestante d’Enghien et de la Vallée de Montmorency à propos du projet de loi confortant le respect des principes de la République, dont l’examen par l’Assemblée nationale vient de commencer.

Vous le savez, le protestantisme français a été depuis toujours un partisan résolu de la laïcité. Il constitue depuis un siècle la seule confession à se conformer systématiquement aux disciplines de la loi du 9 décembre 1905. Quatre associations cultuelles sur cinq sont protestantes, les autres confessions ou religions ayant retenu le plus souvent d’autres modalités d’organisation.

Nous comprenons les exigences d’une réaction déterminée de l’Etat face aux risques de terrorisme et d’atteinte à l’ordre public liés à certains mouvements religieux extrémistes, et souhaitons ardemment contribuer à apaiser les tensions créées par certains débordements inacceptables qui trahissent les religions. Mais nous manifestons notre vive inquiétude face à certaines dispositions du projet de loi qui pourraient constituer une atteinte à nos traditions nationales de neutralité de l’Etat et de respect de la liberté pour chacun de pratiquer sa religion. Nous estimons que ce projet n’aurait pas de réel impact en termes d’efficacité contre le terrorisme. Au contraire, il peut, dans la période extrêmement troublée que nous traversons, raviver de bien inutiles tensions entre les pouvoirs publics et des pans entiers de la société civile.

L’accumulation des mesures contenues dans le texte pourrait conduire ultimement à une censure, au moins partielle, par le Conseil constitutionnel pour non-respect des principes de la liberté d’association et du libre exercice des cultes, encourageant les suspicions qui se développent actuellement dans notre pays comme à l’étranger sur l’hostilité de l’Etat envers les cultes.

Les associations de la loi de 1901 devront s’engager, par un contrat d’engagement républicain qui constitue un contrat à l’adhésion imposée, à respecter des principes que le projet actuel définit de manière beaucoup trop allusive. Cet engagement les placera également sous la menace d’une application autoritaire du concept de «sauvegarde de l’ordre public», alors que l’article 11 de la convention européenne des droits de l’homme demande une «atteinte à la sûreté publique» pour limiter la liberté religieuse. La lutte contre le terrorisme ne saurait par exemple mettre en cause une tradition d’hospitalité que nos Eglises défendront et appliqueront toujours.

Alors que le but initial du projet de loi était de rendre attractive l’association cultuelle, pour notamment inciter l’islam français à choisir ce cadre législatif, ce projet pourrait inciter nombre d’associations à renoncer à un tel statut, malgré les dispositions de l’article 30 du projet de loi qui nous apparaissent insuffisantes pour être efficaces.

Au lieu de veiller à l’égalité de traitement de toutes les associations ayant pour objet de pratiquer un culte, le projet renforce les procédures et les astreintes, sans se poser réellement la question de la capacité de l’administration locale à mettre en œuvre un partenariat adapté à cette situation. Il nous semble que le projet cède une nouvelle fois à la tentation de la régulation administrative par l’accumulation des procédures et des normes, alors que le Président de la République a indiqué à tous les cultes vouloir privilégier le dynamisme d’une société de confiance moderne. Les associations cultuelles se verraient imposer avec l’article 26 une immixtion régulière dans leur liberté d’organisation, avec l’article 27 le recours complexifié à des procédures qui ont fait la preuve par le passé de leur lourdeur et de leur inefficacité, et avec les articles 33, 35 et 36 un contrôle financier qui nous paraît disproportionné au regard des effets escomptés.

La Fédération Protestante de France, qui bénéficie en la matière d’une expérience irremplaçable pour les raisons évoquées ci-dessus, a préparé quelques suggestions d’amendements que nous soutenons ardemment et que nous vous transmettons ci-joint. Elles ont été directement transmises à votre groupe parlementaire.

Nous souhaitions vous faire part de ces inquiétudes et serions heureux de vous rencontrer pour échanger avec vous sur ce projet de loi dont l’impact politique est majeur. Nous nous plaçons à votre disposition pour répondre aux questions que vous vous posez sur ce sujet très sensible.

Marc Henri Vidal,                                                                                                                                                                                                         Alain Joubert,
Pasteur                                                                                                                                                                                                                           Président du Conseil Presbytéral

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PAIN QUOTIDIEN

Il existe plusieurs livrets, avec de courtes réflexions, pour encourager la lecture biblique au quotidien : Parole pour tous, La bonne semence, Partage… L’EPUdF (Eglise protestante unie de France) et l’UEPAL (Union des Eglises protestante d’Alsace et de Lorraine) ont le leur : Pain Quotidien, pour lequel j’écris des commentaires depuis plusieurs années.

Je dois reconnaître qu’il y a des passages bibliques qui nous parlent et d’autres moins. Certains sont faciles, trop faciles, il faut alors se creuser la tête pour dire quelque chose qui « touche ». D’autres sont difficiles, compliqués, il faut alors se creuser la tête pour dégager une leçon spirituelle qui fasse sens. J’ai l’habitude de dire dans les cours de formation à la prédication, que j’encadre au niveau régional, que le défi du prédicateur est d’éclaircir les textes obscurs sans obscurcir les textes clairs.

Vous qui me connaissez, savez bien que j’utilise souvent le conte et l’anecdote pour introduire ou illustrer mes sermons, et qu’il m’arrive de relire des passages bibliques en me mettant dans la peau des personnages.

Dans l’édition 2022 de Pain Quotidien, j’ai, entre autres, réfléchi sur le passage de Luc 14, 25 – 33. Je me suis arrêté sur le verset 33 : « Ainsi donc aucun de vous, à moins de renoncer à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. » Je vous propose ma méditation sur le renoncer à tout :

Qu’est-ce que tu as dans tes poches ? Des clefs de voiture ? Donne-les moi, ce sera un atout pour toi, quand tu es derrière le volant et que tu te transformes en monstre d’égoïsme. Tu as aussi des clefs de maison. Tu me les remets. Un peu moins d’orgueil et tu t’attaches trop aux biens de la terre. Qu’est-ce que tu as au doigt ? Une bague de mariage ! Tu me cèdes ta femme. Oui, tu as bien compris. D’ailleurs, de la façon dont tu la traites ces derniers temps, elle sera mieux en ma compagnie. Dans ton veston ? Un portefeuille, avec de l’argent dedans ! Tu sais quoi en faire ? Allez, hop, on liquide. Renonce à tout ! Tu as également des photos des enfants. Ça aussi, c’est pour moi. Ne me dis pas que tu avais déjà planifié leur avenir, c’est raté. Tu te sens plus léger ? C’est bien.

Maintenant je vais faire quelque chose. Tout ce que tu m’as remis, je te le redonne. Mais attention. Tu n’en es plus le propriétaire, d’ailleurs tu ne l’as jamais vraiment été. Tu seras intendant et attention à la façon dont tu gères ce qui m’appartient. Alors qu’est-ce que tu en penses ?

Résonne alors ce vieux chant :

Entre tes mains j’abandonne Tout ce que j’appelle mien.

Oh ! ne permets à personne, Seigneur, d’en reprendre rien !

Oui, prends tout, Seigneur ! Oui, prends tout, Seigneur !

Entre tes mains j’abandonne Tout avec bonheur.

En ce début d’année d’activités, deux encouragements. L’un pour la lecture de la Bible, sa méditation, cette nourriture essentielle à nos vies spirituelles. L’autre pour le renoncement, la mise de côté de nos égoïsmes et de nos orgueils, intendant oui, mais avec un propriétaire qui nous passe un sacré coup de main.

Amicalement en Christ,

Pasteur Marc-Henri Vidal

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QUI A DIT QUE L’HABIT NE FAIT PAS LE MOINE

Il faut reconnaître que si cet adage comporte une certaine vérité, l’habit contribue tout de même à une identité.

Je rappelle que la robe pastorale que je porte, avec les deux rabats (ancienne alliance – nouvelle alliance ? Premier testament – second testament ? Les deux tables de la loi ?), n’est pas la robe d’un prêtre. Les avocats, les juges, les professeurs dans les grandes écoles anglaises (comme à Poudlard, voir Harry Potter) et des élèves qui défilent au moment de la collation des grades dans les milieux anglosaxons, tous en portent une. C’est la robe de l’enseignant. Au XVI° siècle, lorsque les réformateurs ont balayé les costumes liturgiques d’un revers de la main, au nom du sacerdoce universel, ils se sont dit qu’ils étaient des enseignants de la Parole de Dieu. De même que les avocats et les juges qui enseignent la loi des hommes, les professeurs la sagesse humaine, les étudiants qui terminent une étape de leur scolarité, tous témoignent ainsi d’une prise de responsabilité face à l’enseignement reçu.

Je souris en pensant que, pasteur à Montréal, je ne portais la robe qu’un dimanche sur trois. Dimanche de communion, de fête, d’acte pastoral ou simplement pour impressionner quelqu’un. Pasteur à Washington, c’est deux fois sur trois que je la mettais. Il y avait davantage de personnes à impressionner. Avant d’arriver à Enghien, on m’a avisé que c’était une paroisse assez traditionnelle et que l’on aimait bien que le pasteur porte la robe. J’ai compris le message. Une prochaine paroisse et je dormirai peut-être avec elle. Toutefois, je ne la porte pas pour les cultes du samedi. C’est mon côté rebelle.

Certaines églises y tiennent plus que d’autres. Dans l’ensemble du protestantisme, moins de 40% des pasteurs en ont une.

En remplacement pastoral d’été dans une église d’une petite ville touristique, j’ai demandé au président du conseil presbytéral quelle était la pratique du lieu. Je ne voulais offusquer personne. Complet, cravate, chemise manche courte, t-shirt, polo, bermuda, qui sait ? (lorsque je suis devenu chrétien, sur la côte ouest américaine dans les années 70, les pasteurs prêchaient pieds nus). Le président m’a répondu que je pouvais porter n’importe quoi, après tout c’était l’été et il faisait chaud, en dessous de la robe pastorale.

Nous venons d’avoir notre culte et fête de la fraternelle diversité. Pour l’occasion j’ai mis mon grand boubou, un trois morceaux, de cérémonie, tchadien, magnifique (du moins c’est moi qui le pense). La première fois que je l’ai porté pour un culte, c’était au Québec. Après la cérémonie un paroissien vient me voir et me dit qu’il pensait que c’était un nouveau costume liturgique avant que je ne précise que c’était un costume africain traditionnel. Je ne le fais pas pour jouer à l’Africain. Pour moi c’est un plaisir de pouvoir le faire et de me mêler à cette foule aux couleurs bariolées. A cette occasion, je parlais de la richesse de la diversité, de la beauté des différences, du plaisir de la variété.

Lorsque le prophète Samuel a choisi dans la famille d’Isaï, sous la direction divine, un remplaçant pour le roi Saül, il a vu des jeunes hommes grands, forts, mais ce n’était pas le choix de Dieu et cette phrase jaillit du texte : « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 :7). Si nous pouvons nous réjouir qu’au-delà de nos apparences, de notre extérieur, Dieu est le seul qui connaît le fond des cœurs, nous ne pouvons oublier, qu’on le veuille ou non, que l’humain regarde en premier à ce qui frappe les yeux.

C’est l’été. Tenue légère, short, débardeur, un petit vent de liberté flotte dans l’air. Profitons-en. Remplissons nos yeux et préservons nos cœurs.

Bon été à tous.

Pasteur Marc-Henri Vidal

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LAPSUS ET COQUILLE

Que ce soit en parlant ou en écrivant, il nous est probablement arrivé à tous de faire des erreurs. Les journaux ont beau avoir les meilleurs correcteurs, des coquilles s’y glissent régulièrement. Notre journal n’y fait pas exception.

On raconte que Victor Hugo laissait volontairement certaines coquilles lorsqu’il corrigeait les épreuves reçues de l’imprimeur, avant l’impression finale. Il raconta : « Un jour, dans une phrase, j’avais écrit « aimer ». L’ouvrier typographe mit « aider ». J’acceptai cette faute d’impression. Aimons-nous et aidons-nous. Tous ont besoin de tous. » Une petite lettre pour une belle complémentarité.

Reconnaissons que cette leçon de vie est très biblique. L’apôtre Jean de dire « N’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. » (1 Jean 3 :18)

Les lapsus, cette utilisation involontaire d’un mot pour un autre, sont parfois drôles, parfois gênants. En voici quelques illustrations recueillies par diverses personnes lors de sermons.

– Ésaü vendit son droit d’ânesse pour un plat de lentilles… (aînesse)

– Jésus est le missile que les juifs attendent depuis des millénaires. (Messie, erreur d’une actualité brûlante)

– Mes frères, ne soyons pas comme ces parisiens, euh ! pardon, comme ces pharisiens…

– Dieu était contre cette guerre, qui avait coûté la vie à des milliers de morts…

– Le plus célèbre lapsus du monde protestant a été fait en faculté de théologie par un professeur d’histoire du protestantisme, rendant hommage aux deux principaux fondateurs de la Réforme : Luther et

Calvin, lesquels par un lapsus malheureux, mais désormais célèbre, devinrent : « Lutin et Calvaire… ».

– Lors d’un culte à Brest, le pasteur M.G., récitant de mémoire l’institution de la Sainte-Cène, dit : « Après avoir coupé, Jésus prit la soupe » (au lieu de « Après avoir soupé, Jésus prit la coupe »). Dans le sérieux de l’assemblée, si une seule personne s’était mise à rire, tout le monde aurait éclaté…

Sur un autre registre, cela me rappelle ce pain maison sans levain, qui pour faire authentique a été concocté par un ami pasteur pour célébrer la Cène et qui fut impossible à couper et à mâcher (le pain pas le pasteur, que l’on aurait bien coupé en morceaux), ou encore cette tresse briochée, mi-chemin entre le challah juif et le zöpf suisse, qui s’est défaite en s’étirant en de longs rubans pâteux, au moment où sérieusement je prononçais ces paroles : « ceci est mon corps rompu pour la multitude » en essayant tant bien que mal de rompre ce pain. Fou rire dans l’assistance et moi-même j’ai eu du mal à retrouver mon sérieux. Qui dit que les protestants doivent être austères ?

Si la communion est un moment solennel, je me plais à souligner que le terme grec eucharistie utilisé dans le milieu catholique, signifie action de grâce, remerciement, rendre grâce, et que le préfixe ‘eu’ en grec, en est un de joie. C’est un merci joyeux !

En parlant de joie, nous avons eu le plaisir d’entendre les témoignages de plusieurs jeunes qui ont fait leur profession de foi, soit par le baptême soit par la confirmation. La joie d’un super culte de Pentecôte, la joie de l’interview de Stinjo, la joie du processus de déconfinement qui nous ramènera pas à pas, à un renouveau.

Et comme Luc 15 :7 le dit « Il y a plus de joie dans le Ciel, pour un juste qui se repent que pour 99 pécheurs qui n’ont pas besoin de repentance ». A moins que ce ne soit l’inverse…

Pasteur Marc-Henri Vidal

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ZOOM

Au moment d’écrire ces lignes, les théâtres sont encore vides, les cinémas toujours fermés. Les joutes sportives se tiennent à huit-clos, les restaurants sont en mode livraison, les musées désertés, les centres commerciaux condamnés. Mais on peut se balader, en nombre restreint et pas très loin. La planète tourne au ralenti. On souriait il y a un an, on grimace aujourd’hui. Une certaine lassitude fait surface. On manque de contacts humains.

Un dimanche au culte, au moment des annonces, je mentionnais que nous aurions notre étude biblique, Cap sur la Bible, en Zoom. Que je participais à une formation régionale à la prédication, en Zoom. Que la pastorale du Consistoire se tiendra, en Zoom. Et l’assemblée générale du CPCV également, en Zoom. Le Bureau se réunira, en Zoom, pour préparer la réunion du conseil presbytéral qui aura lieu, en Zoom. La rencontre œcuménique des Mercredis de la Bible sera en Zoom. Et l’AG de l’association 4X1, en Zoom. Une rencontre spéciale du conseil d’administration de l’entraide est planifiée, en Zoom. Et la réunion de prière du groupe des jeunes, en Zoom. Toutefois, le groupe de prière de la paroisse du samedi matin, se déroulera en présentiel au temple ! On manque de chaleur humaine.

Ce qui est pratique avec le Zoom, c’est que l’on ne voit que le haut de la personne, et encore, lorsque la caméra est allumée. Ainsi, pantalon de pyjama pour le bas et tenue plus habillée pour le haut peuvent faire la paire. Il paraît qu’un style pilou-pilou s’est également développé pour les ‘zoomistes’ et les télétravailleurs. D’une fête nocturne célébrée par les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, le pilou-pilou en est venu à désigner un tissu de coton, pelucheux, chaud, en vêtements extra-larges, confortables, style doudou pour adulte, que l’on portait en général le soir au coin du feu (virtuel ou réel). Aujourd’hui on le retrouve dans la garde-robe à côté des tailleurs et complets-cravate remisés. On compense comme on peut le manque de chaleur humaine.

A Pâques, le temple était plein, dans les limites prescrites. La salle Sarrazin et la pouponnière également. Nous avons presque retrouvé l’atmosphère des cultes d’hier, avec de l’effervescence, de la joie, plusieurs spéciaux, des chants d’animation par une chorale en partie reconstituée. Cela nous a fait du bien. Un peu de chaleur humaine.

Pâques c’est le printemps. La vie renaît.

C’est l’un des grands thèmes de la Bible. Retrouver la chaleur divine pour renouer avec une véritable chaleur humaine. C’est l’un des buts de la communauté chrétienne, de l’Église, à la fois la proximité d’une famille et la juste distance du respect de l’autre. C’est ce que l’apôtre Pierre dira (1 Pierre 4 :10) « Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu. » L’égoïsme spirituel étant de vouloir garder pour soi notre relation avec Dieu, et l’orgueil spirituel étant de s’imaginer ne pas avoir besoin des autres pour nourrir cette relation avec Dieu.

Et comme il m’arrive parfois de dire à la fin du culte : continuons de grandir dans la foi, le regard tourné vers Dieu, dans l’espérance, le regard tourné vers l’autre et par-dessus tout dans l’amour. Cet amour véritable englobe, et la foi, car l’amour croit tout, et l’espérance, car l’amour espère tout.

Pasteur Marc-Henri Vidal

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SALUTATIONS

Nous sommes loin de faire la révérence comme au siècle dernier ou encore de « tirer son chapeau », les hommes n’en portant presque plus ; nous avons toutefois, en cette période covidienne, développé de nouveaux modes de salutations.

Un petit coup de pied, mais léger et bien placé, contre le pied de l’autre, mais certains trouvent cela vulgaire et un peu brutal. Un coup de coude, problématique puisqu’on encourage à tousser ou éternuer dans son coude. Un coup de poing, pour les ados, provocateur car il faut éviter le contact avec les mains.

Il y a l’inclinaison de la tête, simple, facile, efficace, mais pas très chaleureux, sauf si on fait un large sourire, difficile à discerner sous le masque, c’est peut-être une grimace, et on peut même tirer la langue sans se faire remarquer avec les masques FFP2. Il y a les mains jointes, comme en prière, cela fait zen, utilisées surtout par les ‘bobobos’, bourgeois-bohème-un peu bouddhiste. Il paraît que, dans les traditions asiatiques, la hauteur des mains traduit le niveau de considération envers l’autre. Plexus solaire c’est l’égalité, poitrine, supériorité de l’autre et plus on monte vers le visage plus c’est divin. On peut également se serrer la main à soi-même, une touche égoïste.

La main sur le cœur, généralement la droite et tant pis pour les gauchers. Cela me rappelle une petite histoire grivoise, Napoléon qui revenant victorieux d’une bataille est accueilli par vingt jeunes filles la main sur le cœur. Son intendant de lui dire : c’est parce que vous êtes vingt-cœurs, et lui de répondre : qu’est-ce que cela aurait été si j’avais été vingt-culs.

Et si avoir le cœur sur la main est signe de générosité, j’aime bien les deux mains sur le cœur, on se donne à l’autre, un peu risqué il est vrai.

Dans le nouveau-testament la gestuelle que je préfère, mentionnée à quatre reprises, est : « saluez-vous les uns les autres par un saint baiser ». La Bible ne précise pas si c’est un chaste bec du bout des lèvres sur une seule joue ou deux baisers qui claquent accompagnés d’une solide accolade, ou trois, comme en Suisse, du moins dans les cantons francophones, et même quatre, dans certains cercles parisiens. Quoi qu’il en soit, c’est interdit en ces temps de pandémie, même avec les grands-parents.

Mais ce qui différencie deux animaux qui se reniflent d’avec deux humains qui se rencontrent, c’est la parole qui accompagne le geste. Non pas un grognement, bien que, mais un concept, une idée, une formule. Et celle que l’on retrouve dans toutes les lettres de l’apôtre Paul c’est : « Que la grâce et la paix vous soient données… ».

Bien plus qu’une simple formule de politesse. La grâce, cet amour inconditionnel de la part de Dieu, source de notre salut. La grâce, celle qui brise l’action du mal dans notre existence. La grâce, celle qui te permet de dire merci à la vie. Et la paix, non pas l’absence de problème mais l’assurance de la présence de Dieu au travers de nos difficultés. La paix, une des facettes du fruit de l’Esprit. La paix, le résultat d’une communion avec Dieu. Dans un monde troublé, il est important de revenir aux pieds de celui qui seul peut nous donner la paix. C’est le Dieu du quotidien que nous servons, celui qui pleure de nos pleurs et qui rit de nos rires.

Nous sommes en route vers Pâques. Nos frères et sœurs orthodoxes utilisent une formule, toute spéciale pour ce jour-là. En se saluant, l’un de dire : Le Seigneur est ressuscité ! Et l’autre de répondre : Oui ! Il est vraiment ressuscité !

Dans ce chemin de Pâques, puisons nos forces, prosternés à l’ombre de la croix, pour mieux vivre debout, la tête haute dans la lumière de la résurrection.

Pasteur Marc-Henri Vidal

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PREPARATION DE LA SEMAINE SAINTE

  1. Éditorial du pasteur
  2. Pâques chez les protestants
  3. Petite histoire de la Pâque au temps de Jésus
  4. Le lavement des pieds
  5. Le repas de la Pâque revisité

1. Éditorial du pasteur

Mais quel est donc ce virus ?

Qui fait que des pères jouent avec leurs enfants, que des familles se retrouvent autour de la table, que l’on découvre ses voisins, que des jeunes aident des plus âgés, que l’on réorganise nos priorités, que l’on chante sur son balcon, que l’on applaudisse à 20h…

Michel Sardou chantait, il y a près de 50 ans : «Elle court, elle court, la maladie d’amour.»

En ce temps de Pâques, nous nous rappelons cet amour de Dieu pour l’humanité, ce Père qui rit et qui pleure avec ses enfants, qui partage notre quotidien, et qui veut chanter sur nos balcons.

Offrons-lui le merci de nos cœurs tout en étant empli de compassion pour ceux qui souffrent.

2. Pâques chez les protestants

    PÂQUES, c’est entendu, constitue la principale fête, le symbole même du christianisme. Mais même chez les paroissiens confirmés, l’origine et la signification de cette fête posent souvent question.

Un résumé pour aborder les fêtes de Pâques.

2.1) UNE FÊTE JUIVE PUIS UNE FÊTE CHRÉTIENNE

La Pâque est à l’origine une fête juive, commémorant un épisode sanglant de l’Exode, où le sacrifice de l’agneau par les familles juives en déportation avait permis de sauver les nouveaux nés juifs de la dernière des dix plaies d’Égypte imposées par l’Éternel au pharaon et aux Égyptiens. La Pâque juive commémore donc la libération du peuple d’Israël, mais aussi la fête agricole des Azymes (d’où son autre nom de fête des pains sans levain).

La fête chrétienne de Pâques regroupe, de manière indissociable, les évènements de la Cène, de la Passion et de la Résurrection qui, d’après les évangiles, ont eu lieu lors de la célébration de la Pâque juive. La date mobile de cette fête chrétienne a été fixée en 325 par le concile de Nicée. Elle se tient le premier dimanche qui suit la pleine lune après l’équinoxe du printemps. Donc elle peut avoir lieu entre le 22 Mars et le 25 Avril. C’est une fête de printemps, car les jours deviennent plus longs que les nuits dans l’hémisphère nord.

La Bible ne parle que de la Pâque. Jusqu’au XVIème siècle, le singulier et le pluriel se sont employés indifféremment. Bien qu’il n’y ait pas de règle impérative ou incontestée dans ce domaine, le singulier  désigne désormais en France  la  fête juive et le pluriel la fête chrétienne. En Italie, la fête chrétienne de Pâques (Pasqua) se décline au singulier. Dans les pays anglo-saxons, on distingue bien Passover (la Pâque) et Easter (Pâques)…

2.2) LE JEUDI SAINT

Lors de son dernier repas, Jésus fête la Pâque juive avec ses douze apôtres en partageant avec eux le pain (qui devient symbole de son corps, celui du Christ) et le vin (qui devient symbole de son sang, celui du Christ). Ce moment institue le sacrement de la cène, qui signifie repas. La cène est avec le baptême un des deux sacrements du protestantisme

2.3) LE VENDREDI SAINT

Condamné à mort par Ponce Pilate, Jésus est contraint de porter sa croix jusqu’au sommet de la colline du Golgotha où il subit le châtiment horrible et alors infâmant de la crucifixion.

Ce sacrifice (où Jésus remplace l’agneau pascal) témoigne de l’amour immense que Dieu porte aux humains puisqu’il se sacrifie pour eux …

2.4) LE DIMANCHE DE PAQUES

Le troisième jour après sa mort, le tombeau de Jésus est retrouvé vide. Jésus apparaît à ses disciples. La résurrection de Jésus constitue l’axe central de la foi chrétienne, la victoire de la vie sur la mort, et l’espérance de la vie éternelle offerte à tous par la grâce de Dieu. Elle apporte la joie et l’espérance, car la résurrection du Christ annonce la libération du mal et de la mort et l’entrée dans la vie donnée par Dieu. «Vous êtes ressuscités avec le Christ» écrit l’Apôtre Paul aux habitants de Colosse, et à chacun de nous.

2.5) LES IMAGES DES CLOCHES, DES LAPINS ET DES ŒUFS

L’œuf, témoin de la vie qui se manifeste, symbolise la fin des privations du carême, car il était longtemps interdit d’en consommer pendant toute cette période. Les lièvres et les lapins apportent traditionnellement les œufs dans les pays protestants. Pour les catholiques, ce sont les cloches venues de Rome, muettes depuis le jeudi saint, qui ont cette mission.

3. Petit historique de la Pâque au temps de Jésus

Les exégètes nous rappellent que les cinq livres du Pentateuque rassemblent des textes d’époques et de courants théologiques différents. C’est vrai pour les trois codes de lois concernant la Pâque :

  • le code de l’Alliance (Exode 21 et suivants),
  • le code de sainteté (Lv 17-26),
  • le code deutéronomique (Dt,12-26).

Dans Exode, on trouve les lois les plus anciennes, remontant parfois au 7e siècle. Dans le Deutéronome, on discerne beaucoup de lois d’avant et pendant l’Exil (587 et après). Beaucoup dans Lévitique sont anciennes mais ont été mises par écrit au retour de l’Exil. Malgré leur disparité, toutes ces lois sont reçues comme « paroles de Dieu ».

Ce qui explique que pour la fête de la Pâque – qui chaque année commémore la 1e libération d’Israël, la sortie d’Égypte (Ex 12-13) – le rituel combine 2 rites distincts célébrés au début du printemps, le rite de l’agneau pascal (venant des bergers juste avant de partir en transhumance) et celui des pains azymes, venant plutôt des agriculteurs de Canaan. Mais peu à peu, la réforme de Josias va uniformiser le calendrier et s’affranchir des rites agraires. La Pâque, primitivement fête familiale, devient une fête de pèlerinage célébrée dans le Temple de Jérusalem et couplée avec celle des Azymes, comme en témoigne le Papyrus pascal daté de 419.

Qu’en est-il au temps de Jésus ? Ne comptons pas sur les évangiles pour un compte-rendu historique. Mais par d’autres sources, le Seder est connu comme se déroulant selon une liturgie précise :

1° des hors d’œuvre sont servis dans une pièce séparée et une coupe de bénédiction est distribuée.

2° dans la salle principale le repas est servi. Un enfant interroge le père de famille. On chante des psaumes et on passe la 2e coupe.

Ensuite vient la bénédiction du pain distribué par le père. Alors seulement on mange l’agneau pascal, le pain, les herbes amères et on passe une 3e coupe, avant les chants de la fin et le partage d’une dernière coupe.

Jésus va subtilement transformer ce rituel. C’est ce que nous découvrirons cette semaine…

4. Le lavement des pieds (Jn 13, 1-17)

Si se laver soigneusement les mains par ce temps de confinement est un petit geste d’amour, pour les autres et pour soi, le lavement des pieds pratiqué par Jésus à la veille de sa mort est le témoignage d’un amour d’une autre dimension, à une autre échelle, « jusqu’au bout ».

Jésus est arrivé six jours avant la Pâque dans la région de Jérusalem. A la veille du sabbat qui marque le début de la fête, il prend son dernier repas avec les douze, « sachant que l’heure était venue pour lui…» (Jn 13-1). Il leur laisse en testament un commandement d’amour :

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34). Et il leur donne un exemple de cet amour infini par un acte, sur le lieu même où les synoptiques racontent comment l’eucharistie a été instituée. Car l’amour au sens où Jésus l’entend n’est pas un sentiment mais un acte, un signe qu’il va poser en se faisant, paradoxe suprême, serviteur.

Par ce signe, il confirme ce qu’il n’a cessé de leur répéter : tout se déroule selon les Écritures comme le prophète Esaïe l’a écrit dans un texte connu de tous sur « le serviteur souffrant » (Es 53,1-12). Tout ce qui va se passer est la volonté de Dieu, acceptée par son Fils. Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris…Il offre le salut gratuitement à tous, les fidèles et les autres, même à Judas qui fait toujours partie des douze au moment où Jésus s’accroupit pour leur laver les pieds. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale, mais d’un acte de révélation, vital.

Souvent nous ne pensons à nos pieds que quand ils nous font mal; là on se rend compte de leur rôle essentiel. C’est encore plus vrai au temps du Christ où les déplacements se font à pieds. Seuls les riches peuvent s’offrir une litière, un cheval ou même un âne. Jésus marche, les disciples marchent, et on se déchausse avant d’entrer dans les maisons. D’où la valeur du bain de pieds, de l’eau fraiche sur des pieds fourbus. Mais en général, les gens lavent leurs propres pieds, sauf à avoir des esclaves pour accomplir cette basse besogne en signe de respect pour des invités. D’où le sentiment d’horreur ressenti par Pierre à la vue de Jésus, pratiquement nu, agenouillé devant eux. Il ne peut pas comprendre cette offrande de son maître qui s’est dépouillé de tout! Mais quand Jésus lui dit : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi (Jn 13, 8) et lui redit que son chemin passe par le service du prochain, alors, toujours excessif, Pierre voudrait un bain complet et pas seulement des pieds !

Le texte de Jean est un peu elliptique. L’idée du baptême, le bain complet (celui qui s’est baigné) qui nous fait passer de l’autre côté, et n’a donc pas besoin d’être renouvelé, est sous-jacente. Mais l’acte de Jésus est tellement radical que sur le moment les disciples ne peuvent pas en comprendre le sens profond. Il essaie bien de leur expliquer qu’eux-aussi devront faire la même chose, se laver les pieds les uns aux autres (Jn 13,14-15) mais c’est trop difficile. Pas plus qu’ils n’avaient compris quelques jours plus tôt le geste de Marie à Béthanie (Jn 12, 3-4) : elle lui avait versé un parfum coûteux sur les pieds et les avait essuyés avec ses cheveux !!! Jésus seul avait vu son offrande comme une marque de pure adoration et attribué à son geste une valeur prophétique, en lien avec l’embaumement de son corps après son supplice sur la croix.

Il faudra que l’Esprit Saint agisse, sur eux comme sur nous, pour actualiser les paroles de Jésus, nous les faire comprendre un peu mieux et nous donner la force d’agir comme il nous l’a commandé, au service des autres, pour l’amour de Celui qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3, 16-17).

Amen.

5. Le repas de la Pâque revisité

Placé tout entier sous l’écho des chants du serviteur souffrant d’Esaïe 53, le récit de l’institution eucharistique que nous trouvons par exemple chez Matthieu (26,v.26-30) montre comme Jésus réinterprète subtilement les rites juifs habituels.

Le dernier repas qu’il célèbre avec les douze est orienté vers la mort, la sienne, sans évoquer la libération d’Égypte. Ses paroles visent à expliquer le sens de cette mort librement consentie, en 3 moments : une parole et une action sur le pain (v.26), une action et une parole sur la coupe (v.27-28) et une promesse eschatologique (v.29) concernant la fin des temps et non le seul passé d’Israël.

Avec « ceci est mon corps », Jésus – même disparu – sera désormais présent par la communion au pain partagé. Ce pain là n’est pas la manne « celui qu’ont mangé nos pères. Et ils sont morts » (Jn 6, 54-58), c’est le pain de Dieu, le pain de vie.

Même chose pour l’action sur le vin. Alors que le sang des agneaux de l’Exode scellait l’alliance entre Dieu et son peuple, ici le «sang répandu pour beaucoup » fait exploser les frontières nationales. Rattachement à une tradition, mais amplification de celle-ci. Rituel assumé comme un vécu personnel : il ne s’agit plus du sang d’animaux. Par la vie d’un humain historique, Jésus de Nazareth, « agneau de Dieu », Dieu inscrit sa volonté de pardon et d’amour pour l’humanité.

Puis vient la promesse, « désormais… » l’attente du banquet céleste où Jésus goûtera avec eux, avec nous, le vin nouveau du Royaume (v.29). Jésus signe et signera désormais sa présence dans le morceau de pain et la gorgée de vin que nous partageons. Le rituel juif est devenu chrétien, et la fête célébrée est celle du Messie, celle de la libération, du passage de la mort à la vie pour ceux qui partagent la cène avec lui.

« Voici : je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap3,20)